Fiche de lecture : Pylon de William Faulkner
André Malraux , 30 mars 1935.
Manuscrit autographe
© Archives Éditions Gallimard
Nom et adresse de l’auteur :
W. Faulkner
W. A. Bradley
5, rue Saint-Louis-en-l’Île
4e
Titre du manuscrit : Pylon
Reçu le 25 mars 1935
Refusé le 20 mars 1935 [sic]
Avis n° 1

Avis 1, sauf objection, pour chaque roman de F.

Malraux

Maurice-Edgar Coindreau a raconté dans ses Mémoires d’un éditeur (Gallimard, 1974) comment il avait été amené à lire, traduire et rencontrer les grands écrivains américains de sa génération : John Dos Passos, Ernest Hemingway, William Faulkner, Erskine Caldwell, John Steinbeck… Licencié en droit et en lettres à Bordeaux, agrégé d’espagnol (et grand ami de Juan Goytisolo), il devient professeur de langue et de littérature françaises à Princeton en 1923 ; il y traduira en français quarante-trois livres, dont trente de l’américain et treize de l’espagnol. L’année 1931 est marquée par la révélation de l’oeuvre de Faulkner en France, deux ans après l’événement de la parution de The Sound and the Fury aux États-Unis. Alors qu’il consacre une note (la première dans une revue française) à l’auteur en juin 1931 dans La NRF, mettant en avant la virtuosité de sa technique, la fascinante puissance expressive de ses caractères et la dimension morale de son oeuvre, Coindreau exerce une pression amicale sur Gallimard. Séjournant habituellement en France durant l’été, il vient rendre visite à l’éditeur le 23 juin 1931 pour achever de le convaincre d’acquérir les droits de The Sound and the Fury, As I lay diying (1930) et Sanctuary (1931). Il est déjà l’auteur de la traduction de Manhattan Transfer de Dos Passos et a en cours celle de L’Adieu aux armes, pour laquelle Hemingway vient de refuser de faire des coupes.
Durant l’été 1931, le secrétariat éditorial de Gallimard s’entend avec l’agence Bradley, représentant les éditeurs américains de Faulkner en France, tandis que Coindreau mène à bien la traduction de As i lay diyng et que celle de Sanctuary est confiée à René-Noël Raimbault. Coindreau adresse des nouvelles à Paulhan pour La NRF (« Septembre ardent », janvier 1932). Pour Tandis que j’agonise, Coindreau suggère de demander une préface à Julien Green (« Par bien des aspects, Faulkner devrait lui plaire », 4 mars 1932), mais celui-ci repousse la proposition qui lui est transmise par André Malraux. On pensera à André Maurois, à Valery Larbaud et à André Gide, « qui fut toujours favorable aux mouvements d’avant-garde et qui ne craint ni l’horrible ni la morbidité. » (16 juillet 1932). C’est finalement Larbaud qui acceptera la proposition. Gallimard, contre l’avis de Coindreau, décidera de publier Sanctuaire, préfacé par Malraux, avant Tandis que j’agonise. Valery Larbaud en sera contrarié. Mais on croit beaucoup à Faulkner. Raimbault, épuisé à la tâche, tarde à rendre sa traduction. Gaston se fend d’une lettre personnelle à quelques journalistes et personnalités influentes pour annoncer la parution de l’ouvrage en novembre 1933 ; on fait imprimer des prospectus, attribuant la révélation de l’auteur américain à Malraux, prix Goncourt : « La fascination la plus profonde, celle de l’artiste, tire sa force de ce qu’elle est à la fois l’horreur, et la possibilité de la concevoir. Sanctuaire, c’est l’intrusion de la tragédie grecque dans le roman policier. »Tandis que j’agonise paraît en avril 1934. Si Maurice-Edgar Coindreau est dès 1930 en relation direct avec l’auteur, travaillant notamment chez lui à Hollywood sur la traduction de The Sound and the Fury en 1937, Gaston Gallimard et André Malraux ne feront eux la connaissance de William Faulkner qu’en 1951, lors du deuxième séjour de l’écrivain à Paris – après qu’il eut reçu à Stockholm le prix Nobel.
 
 

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