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La guerre de 14-18

Le basculement dans la guerre
Par Philippe Nivet

 
Les événements de l’été 1914 provoquent un basculement dans la guerre de nombreux pays européens, qui se traduit par des bouleversements politiques et sociaux de grande ampleur. L’invasion de la Belgique et de la France s’accompagne de violences contre les civils entraînant d’importants déplacements de populations. Les pertes parmi les mobilisés sont considérables lors des premières opérations militaires, qui apparaissent particulièrement meurtrières.

En quelques jours, du 28 juillet au 4 août, une grande partie de l’Europe a basculé dans la guerre, même si certains pays, la Suède, la Norvège, le Danemark, l’Espagne, l’Italie, la Hollande… se déclarent neutres. Dans un contexte de violences xénophobes, les ressortissants étrangers se trouvant sur le territoire d’un pays ennemi sont mis sous surveillance ou contraints au départ. En France, les Austro-Allemands doivent se rendre dans des centres de refuge. Même si l’on ne peut parler alors de véritable internement, les conditions d’hébergement y sont des plus élémentaires. Les Allemands et les Autrichiens présents en Belgique sont obligés de partir en catastrophe : rassemblés au Cirque royal, au moins 9 100 Allemands partent entre le 7 et le 9 août par train en direction de l’Allemagne. Le 5 août, le gouvernement britannique déclare l’Alien Restriction Act : les Allemands et Autrichiens qui n’avaient pas été naturalisés sont emprisonnés et internés. Mariés depuis le 22 juin, l’artiste Marie Laurencin et son époux, Otto von Wätjen, doivent interrompre leur lune de miel sur la côte atlantique pour se réfugier en août à Madrid. L’appartement et les biens de Marie Laurencin à Paris sont placés sous séquestre en raison de sa nationalité allemande.
 

Les bouleversements politiques

Ce basculement dans la guerre entraîne un bouleversement politique avec l’apparition des unions sacrées. En dehors de l’adhésion de la majorité des opinions publiques à une guerre souvent perçue comme défensive, l’Union sacrée se traduit par des remaniements ministériels, en particulier par l’entrée de socialistes au gouvernement en France, où Marcel Sembat et Jules Guesde intègrent le cabinet Viviani, et en Belgique, où Émile Vandervelde devient ministre d’État, décision historique dans un pays où la loi interdisait jusqu’alors à un socialiste de devenir bourgmestre.
 


La manière de gouverner est modifiée par le nouveau contexte de guerre. Selon Jean-Jacques Becker, en France, "la démocratie [est] en question" au début de la guerre. Les élections sont suspendues. Le 4 août, le gouvernement fait voter, sans débat, par le Parlement toute une série de mesures exceptionnelles. L’état de siège, prévu par la loi du 9 août 1849 complétée par la loi du 3 avril 1878, donne des pouvoirs de police considérables aux autorités militaires.
Il est appliqué à l’ensemble du territoire, ce qui ne s’était jamais produit, pour toute la durée de la guerre. L’armée peut faire des perquisitions au domicile des citoyens, exiger la remise des armes et des munitions. La population civile peut être soumise à la juridiction des tribunaux militaires, lorsqu’il s’agit de crimes ou de délits qui intéressent la sûreté de l’État ou la force de l’armée. De l’état de siège découle la suspension de la liberté de réunion : l’autorité militaire peut interdire les réunions jugées de nature à exciter ou à entretenir le désordre. Ce 4 août est également votée une loi "réprimant les indiscrétions de presse en temps de guerre".
Il est interdit de publier des informations et des renseignements autres que ceux qui seraient communiqués par le gouvernement ou le commandement, sur la mobilisation, le transport des troupes et des matériels, la composition des corps d’armée, l’ordre de bataille, le nombre des blessés, tués ou prisonniers, les travaux de défense, les dispositions, emplacements et mouvements des armées… et, plus généralement, "toute information ou article concernant les opérations militaires ou diplomatiques de nature à favoriser l’ennemi et à exercer une influence fâcheuse sur l’esprit de l’armée et des population". C’est l’amorce de la censure, progressivement organisée d’août 1914 à janvier 1915. Une censure préventive est organisée et acceptée a priori par la presse pour éviter des sanctions a posteriori.

Le basculement dans la guerre provoque également l’effacement des Parlements.
En Belgique, le Parlement se réunit une dernière fois afin de prendre les ultimes dispositions urgentes pour un pays qui entre en guerre ; il ne se réunira plus jusqu’à la fin de la guerre, même pas en exil. En France, si le président de la République ne peut clôturer la session extraordinaire qu’il a convoquée – la loi de 1878 prévoit en effet que pendant la durée de l’état de siège le Parlement siège de plein droit –, les Chambres décident leur propre ajournement. Le parlement britannique adopte le Defense of the Realm Act, bientôt connu et redouté sous l’acronyme Dora, qui autorise le gouvernement à recourir à la procédure des ordonnances adoptées en vertu de la prérogative royale pour prendre, dans tous les domaines, toutes les mesures qu’il juge nécessaires à sa politique, à l’exception des mesures fiscales. Il s’agit d’un transfert des pleins pouvoirs à l’exécutif, librement accepté par le Parlement. En Allemagne, le 4 août, le Reichstag délègue au Bundesrat, un organe de l’exécutif formé des représentants des États, la compétence législative dans le domaine économique pour la durée de la guerre.
Les gouvernements souhaitaient avoir les mains libres pour conduire une guerre qui ne devait durer que quelques semaines avant la victoire attendue.

Les premières opérations militaires

Sur le front ouest, la mobilisation générale atteint 3,6 millions de Français et 3,8 millions d’Allemands, tandis qu’en Angleterre, où la conscription n’existe pas alors, des appels sont lancés aux jeunes Britanniques. Une des affiches les plus célèbres de la guerre représente Lord Kitchener, le doigt pointé, appelant les jeunes à s’engager.
À la mi-septembre, ces volontaires sont un demi-million. Les deux camps disposent donc d’une force à peu près équivalente et chacun croit à sa victoire rapide. Mais aucun d’entre eux ne peut engager de grandes opérations moins d’une quinzaine de jours après la mobilisation.
Cela n’empêche pas des opérations à but plus limité. Dès le 7 août, Joffre déclenche une attaque en Haute-Alsace, dans une région à peu près dégarnie de troupes allemandes. Les soldats français occupent Mulhouse. Cette reconquête a un fort écho en France. De nombreux préfets parlent d’un enthousiasme "indescriptible", "indicible", "considérable". Mais ces satisfactions sont de courte durée. Dans la deuxième quinzaine du mois d’août, la France connaît l’invasion et la défaite. Les troupes allemandes, qui avaient envahi la Belgique, progressent vers la France. Le grand quartier général allemand peut proclamer que "les armées allemandes sont entrées en France de Cambrai aux Vosges après une série de combats continuellement victorieux. L’ennemi en pleine retraite n’est plus capable d’offrir une résistance sérieuse." Saint-Quentin est occupé à partir du 28 août. L’aile droite allemande atteint Senlis, à une cinquantaine de kilomètres de Paris, le 2 septembre, quatre semaines après le début de la guerre. Le 3 septembre, la totalité du département des Ardennes est occupée. La "bataille des frontières", que ce soit dans la défensive à l’ouest ou dans l’offensive à l’est, est un échec pour les armées françaises, qui subissent des pertes importantes.


 
Sur le front oriental, la mi-août est marquée par l’offensive autrichienne en Serbie.
Le 12 août, les troupes austro-hongroises venant de Bosnie-Herzégovine franchissent la Drina, qui marque la frontière avec la Serbie, mais elles subissent un grave échec et doivent repartir en sens inverse. Le 18 août, le groupe d’armées russe du général Jilinski se lance à l’assaut de la Prusse-Orientale et vise sa capitale, Königsberg. L’Allemagne, menacée par la Russie, met au point un projet de contre-offensive que doivent conduire Hindenburg et Ludendorff, récemment nommés, et remporte fin août la bataille de Tannenberg. Vaincue par l’Allemagne, l’armée russe remporte en revanche de grands succès en Galicie face aux Austro-Hongrois et s’empare de la capitale de la province, Lemberg (Lvov).

Ces premiers engagements sont extrêmement meurtriers. Pour l’ensemble du mois d’août, les pertes françaises sont évaluées à 80 000 morts : du 20 au 23 août, sur le front occidental, 40 000 Français sont tués, dont 27 000 pour la seule journée du 22. Les pertes allemandes du premier mois de la guerre sont estimées à 57 000 morts ; dans les combats qui se déroulent du 21 au 31 août, la Ire armée allemande compte 9 644 morts et disparus (5,5 % de l’effectif), la IIe 15 693 (8 %) ; les pertes les plus rudes sont celles de la VIe armée du Kronprinz Rupprecht de Bavière, dans le secteur Metz – Château-Salins – Avricourt : sur 172 922 hommes, on dénombre 24 313 morts et disparus, soit 14 % des effectifs réels. Quelque 30 000 Russes sont tués lors de la bataille de Tannenberg, tandis que les pertes allemandes s’y élèvent au total à 13 000 hommes.
 
Les soldats blessés sont soignés dans des communes de l’arrière. Du 12 au 28 août, les hôpitaux d’Amiens reçoivent 1 400 soldats 17. Le 25 août, ils sont 450 à être soignés à Angers ; les effectifs ont triplé une semaine plus tard 18. Pour faire face à l’affluence des blessés, des hôpitaux auxiliaires doivent être créés : à Amiens, les deux écoles normales se transforment en hôpital en août 1914. Les blessés allemands sont traités dans les communes envahies. Ainsi, à Lubine (Vosges), Clémence Martin-Froment rapporte dans son journal au 26 août, qu’"une ambulance est installée […], et cela comprend les salles d’école, chez MM. Masson, Gérard, Dumas, ainsi que l’église. Et partout c’est complet. Toutes les femmes de Lubine sont employées à nettoyer ces demeures chaque jour et laver le linge des blessés."



Violences contre les civils

Les invasions s’accompagnent de violences contre les civils, rapidement qualifiées d’"atrocités". Quelque 5 500 civils belges sont tués en août et septembre 1914 par l’armée allemande. À Louvain, 248 citoyens sont tués et un sixième des bâtiments de la ville détruit. Environ 2 000 bâtiments brûlent entre le 25 et le 28 août, dont la célèbre bibliothèque universitaire. Beaucoup d’habitants sont déportés par wagons à bestiaux vers l’Allemagne. L’assaut mené par le XIIe corps allemand sur Dinant (21-23 août) provoque la mort de 674 habitants, soit près de 10 % de la population, et la destruction de la plus grande partie de la ville. Plus de 400 citoyens de Dinant et des villages environnants sont déportés en Allemagne et internés dans un camp à Cassel jusqu’en novembre.
En France, des atrocités sont commises dans le département de Meurthe-et-Moselle. Les 21 et 22 août, 13 civils sont tués à Audun-le-Roman et 388 maisons sur 400 détruites par le feu ; 55 habitants de Nomeny sont tués les 20 et 21 août ; à Gerbéviller, pillé et incendié du 24 au 27 août, 60 habitants trouvent la mort. Des atrocités sont également attestées dans les Ardennes (à Haybes et à Margny), dans les Vosges (des boucliers humains sont utilisés à Saint-Dié, envahi le 27 août) ou dans l’Oise (exécution du maire de Senlis, Eugène Odent). Se référant à la guérilla française de 1870-1871, dont le souvenir est entretenu par toute une littérature à sensation et par des mémoires largement diffusés, les Allemands expliquent ces actes par l’existence d’une prétendue guerre de "francs-tireurs" menée par des civils, y compris des femmes, contre leurs soldats, et par des mutilations qui auraient été commises.



 
Ces violences à l’égard des civils sont également observées en Prusse-Orientale, occupée par les Russes à partir du 15 août. La presse allemande diffuse alors des récits, des dessins, des photos plus ou moins tronquées évoquant les "atrocités cosaques" et le gouvernement institue très vite une commission d’enquête.
Août 1914 est également marqué par le début des occupations. À Bruxelles, où les Allemands entrent le 20 août, l’armée exige de la ville nourriture, logement, approvisionnement et une stricte obéissance. Toute résistance serait punie avec la plus grande rigueur. Tout détenteur d’arme serait fusillé. En Prusse-Orientale, dans une affiche datée du 25 août, le général russe Rennenkampf informe les habitants d’Insterburg de l’installation d’un nouveau maire dans cette ville et annonce la prise en otages de civils, dont trois seraient exécutés pour chaque attentat éventuel commis contre l’armée russe.
Ces invasions et les violences qui les accompagnent provoquent une "Grande Peur" parmi les populations qui cherchent à fuir. Vers le 20 août, près de 6 000 réfugiés belges, majoritairement issus de la province de Liège, se massent dans le Limbourg néerlandais. L’exode belge s’accentue durant la dernière décade d’août 1914 dans les localités de l’Entre-Sambre-et-Meuse et du Hainaut, essentiellement en direction de la France. Le spectacle de la déroute des armées alliées alimente la panique, qui, dans la dernière semaine d’août 1914, déborde largement des régions proches du front, comme l’attestent les départs massifs observés le 24 août 1914 en Flandre-Orientale, où a couru le bruit que les Allemands enlèveraient tous les hommes âgés de 18 à 50 ans pour les obliger à combattre à leurs côtés. En août et septembre, le Comité officiel belge de secours aux réfugiés organise le départ d’environ 50 000 réfugiés qui encombrent Anvers et sa banlieue : 10 000 sont envoyés vers l’Angleterre, 20 000 vers les deux Flandres et 20 000 vers la Campine et la Hollande. Simultanément, de nombreux Français du Nord et de l’Est quittent leur domicile pour partir vers l’Ouest ou le Centre, semant la panique chez des populations qui ne seront jamais touchées par l’invasion. À Rouen, le 27 août, c’est en constatant l’arrivée de réfugiés du Nord que des familles se préparent à partir. La ville se vide d’un tiers de ses habitants. À Paris, menacé fin août par l’avancée des troupes allemandes, les gares sont prises d’assaut. En quelques jours, 500 000 Parisiens quittent la capitale, dont on peut craindre qu’elle connaisse un nouveau siège. Sur le front est, des civils allemands de Prusse-Orientale fuient vers l’ouest, en particulier vers Berlin, sous la pression des forces d’invasion.

L’arrière déjà en guerre

Ces réfugiés arrivent dans des régions certes plus éloignées du front, mais inquiètes des conséquences sociales de la mobilisation. Les hommes mobilisés ont laissé seuls femmes, enfants et vieillards. Ceux-ci redoutent l’absence de protection contre les éléments inquiétants, vagabonds, maraudeurs… et plus encore le manque de ressources. Le chômage s’accroît, en raison de la désorganisation de la vie économique et de la quasi-paralysie des transports.
Ainsi, à Amiens, dès le 2 août au soir, on apprend qu’une importante teinturerie, occupant une soixantaine d’ouvriers, doit fermer ses portes, par suite de la mobilisation des deux techniciens qui la dirigeaient. L’emploi baisse de façon considérable après le déclenchement des hostilités. La "métallurgie métaux ordinaires" (neuvième groupe professionnel de la statistique industrielle) n’emploie en août 1914 que 33 % de son effectif de juillet 1914, les "industries chimiques" 42 % ; l’indice moyen correspondant de toutes les branches industrielles est de 34 %. Un même phénomène est observé à Berlin : le chômage parmi les syndicalistes passe de 6 % à 19 % pendant les deux premières semaines du conflit et l’augmentation semble plus forte parmi les travailleurs non organisés.

Pour calmer les inquiétudes et éviter les troubles, les pouvoirs publics doivent intervenir. En France, le 5 août 1914, une loi attribue une allocation de 1,25 franc par jour, plus une majoration de 50 centimes par enfant au-dessous de 16 ans, "aux familles de militaires de l’armée de terre et de l’armée de mer appelés ou rappelés sous les drapeaux".
Le 14 août, le Conseil des ministres étudie des projets destinés à ranimer la vie économique du pays, à organiser le ravitaillement de Paris et des provinces, à desserrer le moratorium des établissements de crédit, à procurer du travail aux chômeurs, "à maintenir la paix à l’intérieur pendant que la guerre sévit partout [aux] frontières".
Les municipalités amorcent également une politique sociale. La ville d’Angers ouvre, début août, des "ateliers de guerre" destinés aux femmes de soldat, aux jeunes chômeuses et aux veuves dont le fils est mobilisé, qui fabriquent des uniformes pour 75 centimes par jour. Les pouvoirs publics interviennent également pour que la moisson soit assurée. Tandis que les autorités départementales ou municipales déploient des efforts pour proposer de la main d’œuvre de remplacement, le président du Conseil, René Viviani, lance le 7 août un appel aux femmes françaises afin qu’elles maintiennent l’activité des campagnes.
De telles mesures sont prises dans d’autres pays, en particulier en Belgique, où sont créées des allocations aux familles de soldats, ou en Allemagne : à Berlin, à la fin du mois d’août, les autorités municipales augmentent les allocations d’État versées aux chômeurs pour compenser l’important coût de la vie dans la capitale, tandis que des mesures en faveur des locataires sont adoptées les 4 et 7 août.

Le ralliement des populations

En quelques semaines, l’Europe a basculé dans la guerre. En dehors des soldats mobilisés, les civils sont également impliqués dans le conflit, qu’ils soient victimes des atrocités commises par les troupes d’invasion, ou qu’ils participent à l’"autre front".
La "culture de guerre" commence à s’imposer, comme le montre la phrase prononcée le 8 août à l’Académie des sciences morales et politiques par le philosophe français Henri Bergson : "La lutte engagée contre l’Allemagne est la lutte même de la civilisation contre la barbarie." Les opinions publiques sont majoritairement ralliées à la guerre, même si certaines catégories sociales sont rétives, comme les paysans russes. Dans les villes russes, on observe un enthousiasme patriotique, tandis que les Français, convaincus d’avoir été agressés par l’Allemagne, passent de la "consternation" à l’"élan patriotique" et que l’Allemagne, souhaitant se défendre contre la Russie, est balayée par un même enthousiasme – quoiqu’il convienne de nuancer, en dehors du cas spécifique berlinois, l’intensité réelle et générale du sentiment belliqueux de la population.
Les insubordonnés sont rares, tandis que les volontaires affluent : en quelques jours, 20 000 Belges se présentent aux bureaux de recrutement.
Le consentement initial des populations à la guerre est renforcé par la conviction que la guerre sera courte. Cette illusion est dissipée après la victoire française sur la Marne et la progressive installation dans la guerre de position. À l’automne 1914, "la guerre courte devient un mythe".

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