[Perdue…]
Jean Veber.
Lithographie, 28,4 × 42,4 cm (feuille)
BNF, Estampes et Photographie, Ef-490 (2)-Fol
© Bibliothèque nationale de France
Dès la déclaration de guerre, Jean Veber, malgré ses cinquante ans, s’engage. Cantonné à Paris pendant le mois d’août en attente d’un envoi sur le front, il produit cette puissante série de lithographies sur les « atrocités allemandes », nourrie par la lecture des journaux et les rumeurs. Animé d’une indignation et d’une horreur sincères, le trait de Veber atteint à une exceptionnelle efficacité dans la dramatisation ; ces images viennent rejoindre celles de Callot ou de Goya dans l’évocation intemporelle des désastres de la guerre. Historiquement en revanche, si les viols et autres exactions commises par une soldatesque alcoolisée (qu’évoque Perdue…) sont bien attestées, les deux autres faits représentés relèvent de l’extrapolation, voire de la fantasmagorie. La mort du petit garçon au fusil de bois, abondamment reprise dans l’imagerie de propagande pendant toute la guerre, se fonde sur un incident réel, mais démesurément amplifié et détourné : lors de la retraite des troupes allemandes à Magny (Haut-Rhin), un soldat allemand aurait tiré par erreur sur le fils… du douanier allemand, qui observait la scène depuis sa fenêtre.
Quant à Poulbot, dessinateur attitré de l’enfance, il publie en 1915 une série de douze lithographies sur les malheurs de la guerre, dont plusieurs reprennent le mythe des mains coupées, resurgi à l’été 1914 et qui, comme le gamin au fusil de bois, a connu une grande fortune graphique. C’est l’exploitation à outrance de telles légendes qui finit par susciter un scepticisme général dans l’opinion à l’égard des crimes liés à l’invasion allemande d’août 1914. Les photographies des cadavres de civils massacrés à Gerbéviller attestent pourtant la réalité des exactions. T. C.
 
 

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