Le petit journal, supplément du dimanche
« Sus au monstre ! »
Paris, 20 septembre 1914.
BnF, Bibliothèque de l'Arsenal, FOL- JO- 904
© Bibliothèque nationale de France
Une vision manichéenne qui déshumanise l’ennemi

« Explication de nos gravures. (page 2).
Sus au monstre !
Sur un sol tout semé de ruines qu’il a faites sur son passage, parmi les flots de sang de ses victimes, le monstre s’avançait insatiable, courant à de nouveaux massacres, à de nouvelles déprédations. Mais les soldats de la civilisation se sont dressés devant lui. France, Russie, Angleterre, Belgique, Serbie ont opposé leurs forces à la marche du monstre austro-allemand. Sus au monstre !...Et l’Europe sera débarrassée du pire des cauchemars : et la paix renaitra, la paix féconde et douce, quand le monstre de la barbarie aura succombé sous l’effort généreux des peuples civilisés. »

La mémoire des exactions allemandes de la guerre franco-prussienne a été entretenue depuis 1870 à l’aide de nombreuses représentations soulignant la cruauté de l’Allemand. Aussi, le choc provoqué par l’invasion de la Belgique et du nord de la France a provoqué un véritable déchaînement dans la société française assurée d’avoir à mener un combat originel opposant la « civilisation » et la « barbarie » et de sauvegarder l’humanité en anéantissant le « monstre » qui ferait revenir l’homme à l’état animal. Cette image fortement allégorique - impensable aujourd’hui dans un hebdomadaire d’informations - convoque sous forme d’un dessin proche de la bande dessinée les représentations mystiques de Saint Michel terrassant le dragon ou les ogres et créatures mi-reptiles, mi-dragons des contes populaires, et illustre la violence de l’imaginaire mis en place dès le début du conflit afin de provoquer l’effroi puis la haine de l’ennemi.
 
 

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