Madame [Charlotte] Maïtre [infirmière militaire] est décorée aux Invalides
Rol, agence photographique, Paris, 1914.
Négatif sur verre, 13 x 18 cm
BnF, département Estampes et photographie, EI-13 (575)
© Bibliothèque nationale de France
Mme Charlotte Maître, épouse d’un député de Saône et Loire, engagée volontaire en 1914, infirmière militaire sur le front, se considère comme un soldat mais est présentée par la presse comme le modèle de la femme française pendant la Grande Guerre : « De taille moyenne, d’aspect plutôt frêle, le geste rare et gracieux, l’œil clair et le regard très doux, rien ne révèle en elle l’héroïne qu’aucun danger ne fit reculer, et seules, les multiples décorations épinglées sur le corsage de soie claire (…) évoquent le souvenir de ses exploits » Paul Fuchs, extrait du n°143 de Je sais tout du 15 octobre 1917. Infirmière est en effet le seul métier au plus proche du front et de la guerre que les femmes françaises peuvent exercer pendant la Première Guerre mondiale, le rôle de combattant leur étant refusé. D’ailleurs, ce sont parmi les infirmières que l’on trouve les quelques grandes figures d’héroïnes de cette période, certaines devenues espionnes comme Louise de Bettignies. Infirmières militaires appartenant au service de santé des armées, infirmières volontaires ou bénévoles de la Croix Rouge (de la Société française de secours aux blessés militaires, de l’Union des femmes de France ou de l’Association des Dames françaises) ou infirmières religieuses (au total, environ 100 000 Françaises), elles deviennent de véritables icônes, comme le montre cette photographie de presse.
L’ange blanc, dont le voile ressemble à celui que portent les religieuses, réalise véritablement la fusion entre la Vierge Marie et la Marianne, symbole de l’Union sacrée. L’infirmière constitue le modèle de féminité, à la fois vertueuse, chaste et patriote risquant sa vie (10% des infirmières engagées perdent la vie au front). Mais avec l’augmentation du nombre d’infirmières et leur recrutement parmi les classes moyennes au cours de la guerre, leur image se ternit, caricaturées dans la presse et accusées d’immoralité sexuelle, de vanité frivole (leur uniforme n’étant qu’une coquetterie leur permettant de trouver un mari) ou de cruauté sadique. Pourtant l’infirmière crée le lien entre le front et l’arrière, entre les hommes et les femmes pendant la guerre. Mais à la fois participante active et témoin passif, l’infirmière se trouve dans une position bien inconfortable pour faire valoir son courage, même si après-guerre, trois monuments sont érigés pour témoigner de la reconnaissance des soldats.
 
 

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