La Grande Guerre par les artistes
Berger-Levrault et Georges Crès, Paris, 1914-1915.
BnF, département Estampes et photographie, 4-QE-180
© Bibliothèque nationale de France
Au cœur de l’expérience des combattants et des familles, les nouvelles données par les journaux et les lettres échangées entre les poilus et leur famille constituent un témoignage incontournable de la Première Guerre mondiale. Les artistes, comme dans ce dessin de Ciolkowsky, illustrent aussi cet aspect important des années de guerre : ici, une élégante Londonienne lit avidement les dernières nouvelles du front de France. Familles, marraines de guerre, soutiennent par leurs lettres les combattants, tandis que dans les tranchées, de longues heures se passent à attendre l’offensive, et si tenir son journal est interdit, en revanche, il n’est pas rare que les soldats envoient une lettre par jour aux leurs. Les trains fonctionnent très régulièrement jusqu’à la zone en arrière du front, et la ravitaillent en armement, en nourriture, mais aussi en courrier. La censure s’exerce rigoureusement bien sûr, mais elle n’empêche pas les soldats d’expérimenter une certaine mise à distance de leur vécu, à travers l’écriture. Cette dernière est parfois un acte partagé, car nombreux sont les soldats plus lettrés à aider leurs camarades moins à l’aise avec l’écrit. La correspondance maintient donc la relation du couple, les liens d’intimité, très éprouvés par la séparation, la peur de la mort, puis les blessures, les mutilations, et enfin les séquelles psychologiques du combattant. Bien des couples, malgré le lien épistolaire, ne parviennent pas à se retrouver après-guerre, période marquée par un nombre de divorces croissant. Le poilu n’accepte pas l’autonomie nouvellement acquise par la femme, qui, de son côté, ne reconnaît plus son époux, transformé à jamais par la guerre.
 
 

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