BnF
La guerre de 14-18

L’image héroïque des soldats en France pendant la guerre

Par Sophie Pascal et Soizic Donin
Journée du poilu, décembre 1915

Quelle image des combattants la presse, les affiches et l'imagerie populaire donnent-elles à voir à la population civile ? Beaucoup de supports visuels (affiches d'Etat, journaux illustrés, images d'Epinal …) montrent les soldats à l'attaque dans des situations qui évoquent les représentations héroïques traditionnelles de la guerre. Le dessin comme la photographie reprennent des canons de la peinture d'histoire telle la charge de cavalerie, en introduisant l'utilisation des armes modernes. Ces images privilégient les assauts lors des offensives au détriment d'autres formes de combat comme la pose de mines ou le tir d'obus. Elles privilégient aussi l'action alors que les soldats passent beaucoup de temps au front de façon passive, à surveiller les lignes ennemies et à se protéger des tirs. Le reportage sur le front étant proscrit au début de la guerre, puis très contrôlé par la suite, les dessinateurs représentent des scènes qu'ils n'ont pour la plupart jamais vues. Ils essayent probablement d'être fidèles aux récits des combattants mais leur vision de la guerre semble surtout inspirée par la peinture d'histoire ancienne. Les opérateurs de photographie ou de cinéma ont eux aussi créé des images qui donnent une vision héroïsée des combattants. Ils ont fixé sur les plaques de verre et sur les pellicules des scènes qui rappellent cette vision héroïque traditionnelle. Face à la difficulté de filmer ou photographier les offensives, les opérateurs ont été amenés à demander aux soldats de reconstituer des scènes de combat. Les photographies et les films des combats sont donc complexes à interpréter : beaucoup d'images ont été considérées comme des images « de la guerre » alors qu'il s'agissait de mises en scène.

Des documents visuels de différentes natures montrent une image glorieuse de soldats en pleine action.
En document principal, une affiche d’Etat, en documents associés, deux photographies d’agence de presse, une couverture de journal illustré populaire, une image d’Epinal, un hebdomadaire catholique.

Documents à consulter
 

Références

Citations

  • « Dulce et decorum est pro patria mori » (Il est doux et glorieux de mourir pour la patrie.) Horace, Odes, II, 2, 13
  • « Le poilu devient l’archétype du brave soldat napoléonien qui a connu de nombreuses campagnes. Histoire et chaleur humaine, héroïsme et sérénité, se mêlent. Ce conflit met en évidence des combattants sans âge pour des combats sans temporalité : c’est tout le passé français qui fait vibrer les champs de bataille. » Laurent Gervereau,  Images de 1917.
  • « Avec deux compagnons qui lui tiennent des carabines prêtes, Fricard se cache derrière une meule, à 70 mètres du pont. Deux lanciers arrivent en éclaireur, au petit trot : il les tue. Trois ensuite : il les tue encore. Cinq Uhlans, dix minutes plus tard, subissent le même sort. A chaque coup, Fricard fait mouche. Il en tue trente ainsi à la suite. Ces trente morts, mieux que tout vivant, ont gardé tout le jour le pont inaccessible. Le soir, en rentrant, devant les hommes, le colonel du ... e dragons [nom du régiment caché à dessein] a embrassé Fricard. » « Explication de nos gravures », in Le Petit Journal. Supplément du dimanche, 8 novembre 1914, p. 2.
     

Ouvrages contemporains

  • Thérèse Blondet-Bisch, Robert Frank, Laurent Gervereau, Voir, ne pas voir la guerre, Somogy, 2001.
  • Laurent Gervereau,  « La propagande par l'image en France, 1914 – 1918. Thèmes et modes de représentation », in Laurent Gervereau, Christophe Prochasson (dir.), Images de 1917, BDIC, 1987.

  • Film contemporain

  • Agnès de Sacy, Laurent Véray, L'héroïque cinématographe, Quark productions, France 3 Nord Pas-de-Calais Picardie, ECPAD,  INA,  France 2, 2002.

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