BnF
La guerre de 14-18

Les mutilés ou l'envers des médailles

Par Anne-Sophie Lambert
Le premier invalide de guerre : Jean Marie Caujolle
Proportionnellement à sa population, la France est, parmi les belligérants de la Première Guerre mondiale, le pays qui a perdu le plus grand nombre d’hommes : un soldat sur cinq y est mort (plus d’1,4 million au total). Mais c’est sans compter plus de trois millions de blessés dont près d’un million a droit au versement d’une pension d’invalidité (600 000 invalides, 300 000 mutilés et amputés, 42 000 aveugles, 15 000 gueules cassées). 100 000 « soldats de la honte », marqués psychologiquement par la guerre, ne furent jamais pris en considération mais plutôt stigmatisés comme lâches, tout comme les « mutilés volontaires ». Le visage de la France a totalement changé au lendemain de la Grande Guerre… Les gueules cassées, les mutilés dans leur fauteuil roulant, les amputés en béquille, ou ceux dont la manche vide est glissée dans la poche de la veste, les aveugles… tous les jours, ils rappellent à la population les horreurs de la guerre et les sacrifices qu’ils ont subis dans leur chair pour la patrie. Mais cette patrie est-elle reconnaissante ? Les regards détournés, les fiançailles rompues, les difficultés professionnelles ne sont-ils pas autant de symboles du malaise de la population face à leurs handicaps ? Valait-il mieux mourir pour obtenir la gloire ? Il y a bien eu les médailles octroyées par l’Etat, en reconnaissance  de leur bravoure, de leur courage, de leur exemplarité. Une petite étoile rouge dont le nombre dépend du nombre de blessures est instaurée en 1916. Une catégorie supplémentaire de la légion d’honneur est même créée en 1932 pour les mutilés à 100 %. Ces médailles envoient bien un signe à celui qui la voit et distingue celui qui la porte.  Mais cela a-t-il suffi ? Certes, des campagnes de presse ont été organisées pour héroïser les soldats blessés, pour magnifier leurs infirmités. Le sacrifice d’une vie entière, la gloire et la compassion  étaient-elles une compensation suffisante pour oublier la guerre, pour dépasser leurs handicaps et les mutilations de leur chair et de leur esprit ?

Des documents visuels de différente nature (photographies, affiches, estampes, …) témoignent des mutilations des corps pendant la Grande guerre. Les articles de presse tentent de magnifier ces blessures, tandis que les affiches appellent au financement des œuvres pour les blessés …
Voici une sélection de documents qui nous interroge sur l’avenir de ces soldats mutilés.

Documents à consulter
 

Références

 
 

Citations

  • « C’est vous, dis-je, qui refusez d’accorder à nos soldats la petite « croix de guerre » si vaillamment méritée ; bien petit dédommagement, en vérité, pour une jambe ou un bras en moins, qu’un petit morceau de métal suspendu à un ruban quelconque, mais ce sera pourtant tout ce qui restera dans quelques années d’ici pour rappeler la conduite sublime de ces malheureux estropiés que le monde regardera d’un œil dédaigneux. » Maurice Antoine Matin-Laval, médecin auxiliaire au 58è R.I., 22 février 1915, in. Paroles de poilus, lettres et carnets du front 1914-1918.
  • Qu’ont-ils donc après moi, ces sales Boches ! Il est de fait qu’ils s’acharnent sur lui : la grenade qui vient d’éclater en est une indiscutable preuve. Pauvre Flambeau ! Si tu sors de la mêlée, tu pourras dire que plus d’une fois tu l’as échappé belle ! » Benjamin Rabier, Flambeau, chien de guerre. 
  • «  Vous avez déjà deviné que l’auteur de ces lignes est un de ces innombrables rats de tranchées, qui de la mer aux Vosges, ont juré de tenir, eux aussi, "jusqu’au bout !" »  Pierre Chaine, Mémoires d’un rat.

Textes sources

  • Blaise Cendrars,  La Main coupée, Denoël, 1946.
  • George Duhamel, Civilisation : 1914- 1917, Mercure de France, 1918.

Ouvrages contemporains

  • Sophie Delaporte, Les Gueules cassées : les blessés de la face de la Grande Guerre, Noêsis, 1996.
  • Jean-Yves le Naour, Misères et tourments de la chair pendant la Première guerre mondiale, Aubier, 2002.
  • Jean-Yves le Naour, Les soldats de la honte, Perrin, 2011.
  • Antoine Prost, Les Anciens Combattants et la société française, 1914- 1940, Gallimard- Julliard, « Archives », 1977.
  • Images sources

  • Otto Dix, tableaux : Transfiguration (1924); La Grande Ville (1928) ; Le marchand d’allumettes (1920) ; Invalides de guerre jouant aux cartes (1920) ; Peinture de la rue de Prague (1920).
  • Jean Galtier- Boissière, tableau : Le défilé des mutilés (1919).
  • Ernst Ludwig Kirchner, tableau : Autoportrait en soldat (1915).
  • Théophile Alexandre Steinlen, dessin : L’aide aux mutilés de guerre (1915).

Film contemporain

  • La Chambre des officiers, film de François Dupeyron, 2001.
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