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La guerre de 14-18

Les femmes françaises en guerre entre devoir patriotique, suspicions et émancipation

Par Anne-Sophie Lambert
Fabrication d'obus aux usines André Citroën
Contrairement à ce qui est généralement admis, l’émancipation féminine en France ne commence pas pendant la Première Guerre mondiale. Certes, les images de femmes participant à l’effort de guerre, en travaillant à des métiers alors exclusivement réservés aux hommes ou en soignant les soldats, ont induit ce constat ; de plus, au lendemain de la Première guerre mondiale, la population française a un nouveau visage, plus féminin, avec 1 103 femmes pour 1 000 hommes en 1921, et les nouvelles responsabilités de chef de famille des veuves de guerre ou l’abandon du corset et la mode à la garçonne de l’après-guerre ont renforcé cette idée de libéralisation de la condition féminine. Mais c’est oublier le taux d’activité féminin avant la Grande Guerre, qui représente déjà, en 1906, 37 % de la population active. C’est cacher aussi la réalité de l’après-guerre où les femmes françaises sont retournées au foyer, promptement licenciées au retour des soldats ; les valeurs traditionnelles sont alors réaffirmées, empêchant en particulier la reconnaissance de leurs droits politiques. Les changements de la condition féminine en France n’ont donc été que provisoires ou superficiels. Les images de femmes pendant la guerre constituent le plus souvent des mises en scène de propagande, témoignant de la mobilisation de l’arrière comme condition indispensable de la victoire. Elles dévoilent aussi la méfiance des hommes vis-à-vis de toutes nouvelles libertés accordées aux femmes pendant cette période.
De nombreux documents visuels montrent les nouveaux rôles des femmes dans la société, remplaçant les hommes partis au front, et témoignant d’une certaine forme d’une émancipation féminine.
Voici une sélection de photographies de presse et un recueil qui nous donne à voir le regard masculin sur les femmes pendant la guerre.  
Documents à consulter
 

Références

 
 

Citations

  • « Si d’autres femmes se sentaient le cœur d’affronter de pareilles luttes, il faudrait tout au moins exercer parmi les postulantes une sélection sévère, n’accepter que celles qui, familiarisées déjà avec le danger seraient d’une santé de fer, d’un sang-froid absolu et enfin d’une moralité capable d’inspirer à tous le respect. […] J’ai vu se tourner vers moi des regards de reconnaissance muette dont le souvenir me bouleverse encore, récompense plus précieuse que les distinctions officielles. Ce que je vais faire, désormais ? Des inspections au front. Je suis soldat. J’obéis. » Charlotte Maître, entretien avec Paul Fuchs, n°143 de Je sais tout du 15 octobre 1917.
  • « Une certaine littérature s’alimente du type de la belle infirmière. On n’en voit guère aux armées… Il est possible qu’ailleurs, des femmes adroites aient su cumuler les personnages contradictoires de l’infirmière et de la jolie femme. Là-bas les infirmières ont beaucoup de peine à être propres, simplement. Elles n’ont pas de salle de bains. Elles n’ont pas de coiffeur pour entretenir leur chevelure qui s’abîme sous le voile. Le blanchissage est un problème toujours posé, jamais résolu. Une blouse par semaine, deux tabliers, une chemise, c’est un idéal souvent chimérique. » Madeleine Clemenceau Jacquemaire, Les hommes de bonne volonté, 1919.
  • « Les vraies marraines et les vrais filleuls, la vraie pitié et le vrai malheur ont d’autres sollicitudes et des visées plus hautes. […] Et si parfois dans les heures immobiles au fond de la tranchée où la nuit triste peu à peu descend, un jeune filleul se prend à rêver plus ému à sa jeune marraine, c’est pour l’apercevoir au-dessus de lui, parée de toutes les grâces mais aussi de toutes les vertus, intangible et presque sacrée, sous les traits d’un ange ou d’une sainte descendue du Ciel pour le secourir. » Henriette de Vismes, Histoire authentique et touchante des marraines et des filleuls de guerre, 1918
  • « Didn’t women have their war as well? They weren’t, as these men make them, only suffering wives and mothers, or callous parasites, or mercenary prostitutes. » Vera Brittain, Testament of Experience, 1957.

Textes sources

  • Jack de Bussy (pseudonyme de Jacqueline Liscoät), Réfugiée et infirmière de guerre, E. Figuière, 1915.
  • Madeleine Clemenceau Jacquemaire, Les hommes de bonne volonté, C. Lévy, 1919.
  • Julie Crémieux, Souvenirs d’une infirmière, F. Rouff, 1918.
  • Henriette de Vismes, Histoire authentique et touchante des marraines et des filleuls de guerre, Perrin, 1918.

Ouvrages contemporains

  • Alexandre Lafon et Céline Piot, Aimer et travailler – Léonie Bonnet, une infirmière militaire dans la Grande Guerre, Editions d’Albret, 2008.
  • J.-Y. Le Naour, Misères et tourments de la chair durant la Grande Guerre. Les mœurs sexuelles des Français, 1914- 1918, Aubier 2002.
  • Evelyne Morin-Rotureau, Combats de femmes 1914- 1918, Autrement, 2004.
  • F. Thébaud, La femme au temps de la guerre de 14, Stock, 1986.
  • F. Thébaud, Penser la guerre à partir des femmes et du genre : l’exemple de la Grande Guerre, ENS Editions, 2004.

  • Film

  • Vidéo Gaumont, 1er janvier 1916, Les activités des femmes pendant la guerre : infirmière, conductrice de tramway, facteur, agricultrices.

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