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La guerre de 14-18

Les épreuves de l'arrière : civils en guerre

Lucile Trunel
Mère et enfant munis de masques à gaz
La Première Guerre mondiale mobilise l’ensemble des sociétés des pays belligérants, à l’arrière comme au front, aussi est-elle parfois qualifiée de « guerre totale ». Cette mobilisation intégrale de la société civile est une nouveauté, que personne ne pouvait imaginer au déclenchement du conflit. Mais comment les civils de l’arrière ont-ils vécu la guerre ? Les voix des femmes, notamment, à qui incombe la marche du pays, et qui parlent du quotidien, non des combats, n’ont-elles pas été quelque peu oubliées par les historiens ?
L’économie toute entière se met progressivement au service de la guerre, d’autant plus qu’en France, les départements du Nord industrialisé sont occupés par les Allemands : alors que la guerre s’enlise dans les tranchées, il faut transformer les usines en fabriques d’armement, dans lesquelles les femmes remplacent en partie les hommes partis au front, aux côtés des ouvriers qualifiés que l’on fait revenir dès 1915. Remplaçantes également dans les transports ou aux champs, les femmes, aidées des non mobilisés et des enfants, assument le ravitaillement de la nation en guerre, qui ne reconnaît cependant pas leur rôle une fois la paix revenue, les renvoyant à leur foyer.
Mais en plus de servir la guerre, les populations de l’arrière constituent aussi des cibles pour l’ennemi et subissent des violences inouïes, du blocus allié aux atrocités allemandes en zones occupées, là où la frontière entre combattants et civils s’estompe. La faim, la désolation dans les zones de combats, les viols, l’occupation brutale au quotidien, les camps d’internement et les déportations, toutes ces épreuves constituent ainsi des armes puissantes contre les populations. Pourtant la situation est à nuancer, car des catégories de civils ont moins souffert que d’autres, certains même se sont enrichis, profitant de l’économie de la guerre, et mènent une vie agréable, alimentant le ressentiment des poilus à l’égard de l’arrière, observant ces injustices lorsqu’ils sont en permission dans les villes.
Si l’arrière soutient tout au long de la guerre les combattants, prolongeant l’Union sacrée de l’été 1914 et faisant taire les voix « défaitistes », quatre années de conflit éprouvent profondément les civils, modifiant considérablement les modes de vie, les sources de revenus des différentes catégories sociales, et faisant évoluer les mentalités : un retour à la société d’avant-guerre, à ses traditionnelles inégalités de genre et de classes, n’est plus possible après les épreuves et les mutations générées par le conflit.
De nombreux documents visuels montrent comment la société civile a vécu le premier conflit mondial, entre mobilisation, souffrances et vie quotidienne.
Voici une sélection de photographies, de dessins de presse et une affiche illustrant divers aspects des épreuves de l’arrière vues par les contemporains de
la guerre de 14-18.
Documents à consulter
 

Références

 
 

Citations

  • « La nation est adaptée, la guerre peut durer cent ans ! », Capitaine Charles Delvert, août 1916, Carnets d’un fantassin, cité par Ducasse, Meyer, Perreux, Vie et mort des Français, Hachette, 1962, p. 289.
  • « Pourvu qu’ils tiennent ! – Qui ça ? – Les civils. », caricature de Jean Forain (deux soldats échangeant dans leur tranchée), cité par F. Thébaud, Les femmes au temps de la guerre de 14, 2013, p. 313.

Ouvrages contemporains

  • E. Alary, La Grande Guerre des civils, Perrin, 2013.
  • A. Becker, Les cicatrices rouges : 14-18, France et Belgique occupées, Fayard, 2010
  • E. Cronier, Permissionnaires dans la Grande Guerre, Belin, 2013.
  • J. Horne, A. Kramer, 1914. Les atrocités allemandes, Tallandier, 2005, réed. « Texto », 2011.
  • J.-Y. Le Naour, Misères et tourments de la chair durant la Grande Guerre. Les mœurs sexuelles des Français, 1914- 1918, Aubier 2002.
  • G. Perreux, La vie quotidienne des civils en France pendant la Grande Guerre, Hachette, 1966.
  • F. Thébaud, Les femmes au temps de la guerre de 14, Payot & Rivages, 2013.
  • Textes sources

  • Louise Delétang, Journal d’une ouvrière parisienne pendant la guerre, Eugène Figuière, 1935.
  • Odette Dulac, La Houille rouge, Figuière, 1916.
  • Elisabeth de Gramont, Mémoires III. Clair de lune et taxi-auto, Grasset, 1932.
  • Marie de La Hire, La femme française, son activité pendant la guerre, Taillandier, 1917.
  • Marguerite Lesage, Journal de guerre d’une Française, La Diffusion du livre, 1938.
  • Camille Mayran, Histoire de Gotton Connixloo, Plon- Nourrit et Cie, 1918.
  • Mistinguett, Toute ma vie, Juilliard, 1954.
  • Noëlle Roger, Le Feu sur la montagne, Journal d’une mère 1914-1915, Attinger, 1915.
  • Image source

  • Abel Faivre, lithographie : Ma maman, 1916.
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