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La guerre de 14-18

La guerre des enfants : entre mobilisation, sacrifice et mémoire, au seuil d'un siècle de conflits

Lucile Trunel
La vie chère à Paris
L’enfance est depuis quelques années devenue un objet d’étude en soi : par le biais du dévoilement de leurs journaux intimes, de leurs lettres, de leurs dessins archivés, la parole est à nouveau donnée aux enfants, longtemps oubliés de l’histoire. On ne se contente plus aujourd’hui d’analyser les discours sur ou à destination de l’enfance (discours scolaire, production éditoriale pour la jeunesse, jouets, vêtements …) mais on étudie les sources produites par les enfants, sources de « mise en scène de soi par soi », particulièrement importantes pour restituer une parole enfantine en temps de guerre, autrement absente. Les entretiens avec les personnes âgées permettent aussi de compléter, à l’aide des souvenirs, ce que ces sources écrites peuvent avoir de lacunaire ou de trop immédiat, et restituent, à travers un dialogue entre les sources, un effet de génération, car les enfants de 1914 deviennent adultes en 1940 et la Grande Guerre inaugure de mille façons les conflits du XXe siècle.
L’entrée en guerre ou l’armistice, la mobilisation scolaire et périscolaire, l’expression physique des souffrances de la guerre (les bombardements, la faim, le froid, la violence), les conséquences de la mobilisation des hommes sur la vie familiale (la séparation, le deuil, l’absence, la blessure, la pauvreté, la correspondance) :  les enfances en guerre témoignent au quotidien de traits communs, comme de situations moins banales (l’enfant de l’ennemi, la figure de l’orphelin), à travers des expériences du conflit qui varient également selon la géographie (zone occupée ou loin du front, enfants soldats du front de l’est), le sexe, l’âge ou la classe sociale.
De nombreux documents visuels montrent comment les enfants, « génération de la guerre », futurs adultes de 1940, ont vécu la Première Guerre mondiale et ses suites.
Voici une sélection de documents issue de la bibliothèque numérique Gallica, albums pour enfants, photographies, affiches,  illustrant divers aspects de la vie des enfants pendant le premier grand conflit du XXe siècle, de la mobilisation des esprits à l’injonction de mémoire, au sortir de la guerre, en passant par l’expérience de l’occupation, de la faim, de la violence, de la contrainte, ou de l’absence du père.
Documents à consulter
 

Références

 
 

Citations

  • « Cher petite maitresse. Ce que je voudrais etre. Pourquoi. Poilu de la classe 17. Pourquoi pour tué la germanique et je voudrais faire ça pour la France et pour ma PATRIE. Je voudrais etre dans la tranché et courir la baionette pour faire sortir leur choucroute. moi je voudrais etre dans les éroiques et dans l’infantri colonial parce que on i va a la baionette ou alors en reconnaissance a 4 pates pour couper la caboche au boches … », rédaction de l’élève Viricorci, âgé de neuf ans, mars 1916, cité par M. Pignot, Allons enfants de la patrie, op.cit., p. 143.
  • « Nous mangions du pain noir et buvions de l’eau. Ce régime un peu dur me donnait les coliques et la diarrhée. Il fallait travailler pour les Allemands : bêcher, laver, raccommoder et nous n’en avions pas tous les jours. Je faisais mon possible pour soustraire quelque nourriture. Nous n’étions pas libres : nous n’avions le droit d’aller d’un pays à l’autre que munis d’un laisser-passer », cahier de Fernand Enard, âgé de huit ans en 1914, « Mon histoire pendant la guerre », école de Landres-et-St-Georges (Ardennes), BDIC, cité par M. Pignot, Allons enfants de la patrie, op.cit., p. 221.

Ouvrages contemporains

  • S. Audoin-Rouzeau, L’enfant de l’ennemi 1914-1918 : viol, avortement, infanticide pendant la Grande Guerre, Aubier, 2009.
  • S. Audoin-Rouzeau, La guerre des enfants 1914-1918. Essai d’histoire culturelle, Armand Colin, 1993, rééd. 2004.
  • O. Faron, Les enfants du deuil. Orphelins et pupilles de la nation de la Première Guerre Mondiale, La Découverte, 2001.
  • I. Grellet, C. Kruse, Des jeunes filles exemplaires. Dolto, Zaza, Beauvoir, Hachette, 2004.
  • M. Pignot, Allons enfants de la patrie : génération Grande Guerre, Ed. du Seuil, 2012 (L’univers historique).
  • M. Pignot, « Avoir douze ans dans Ham occupé : le journal de guerre d’une jeune picarde, Henriette Thiesset (1914-1919) », in O. Carpi et P. Nivet (dir.), La Picardie occupée, Ed. Encrage, 2005, p. 137-146.
  • M. Pignot, « Les enfants », in S. Audoin-Rouzeau et J.J. Becker (dir.), Encyclopédie de la Grande Guerre, Tome II, Bayard, 2004, nouv. éd. Perrin, 2012 (Tempus), p. 129-146.
  • M. Pignot, La guerre des crayons. Quand les petits Parisiens dessinaient la Grande Guerre, Ed. Parigramme, 2004.
  • Textes sources

  • Paris/Musée du Vieux-Montmartre, Mille cent quarante-six dessins provenant du Cours supérieur de l’école de garçons de la rue Sainte-Isaure (années scolaires 1915-1916, 1916-1917, 1917-1918).
  • S. de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, Gallimard, 1958.
  • Y. Congar, Journal de la guerre 1914-1918, Cerf, 1997.
  • F. Dolto, Lettres de jeunesse. Correspondance (1913-1938), Hatier, 1991,
    Gallimard, 2003.
  • E. Lacoin, Zaza (1917-1929). Correspondance et carnets d’Elisabeth Lacoin, amie de Simone de Beauvoir, L’Harmattan, 2004.
  • J.-Y. Le Naour (éd.), M. Lerouge, Journal d’une adolescente dans la guerre 1914-1918, Hachette, 2004.
  • A. Nin, Journal d’enfance 1914-1919, Stock, 1978.
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