arrêt sur

Entre les hommes et les dieux

Danièle Thibault
"Aussi longtemps que l’aube dure et que grandit le jour sacré, les traits des deux côtés portent et les hommes tombent. Mais l’heure vient où le soleil a franchi le milieu du ciel ; alors le Père des dieux déploie sa balance d’or ; il y place les deux déesses du trépas douloureux, celle des Troyens dompteurs de cavales, celle des Achéens à la cotte de bronze ; puis, la prenant par le milieu, il la soulève, et c’est le jour fatal des Achéens qui penche."
Iliade, VIII, 66-73, trad. Paul Mazon
Dans l’Iliade, les Achéens "aux bonnes jambières" et les Troyens "dompteurs de cavales" ne sont guère différents. Ils parlent la même langue, prient les mêmes dieux, leur sacrifient les mêmes hécatombes de cuisses de taureaux, de génisses et de chèvres, dont ils font ensuite un festin, incinèrent leurs morts et pratiquent les mêmes rites funéraires, guerroient de la même manière, arrivant en chars sur le lieu du combat puis, la plupart du temps, sautant des chars pour se jeter dans la mêlée ou s’affronter au corps à corps. Lorsqu’ils tuent un adversaire, ils le dépouillent de ses armes et s’emparent de ses chevaux. Agamemnon comme Priam ou Hector ne prennent de décisions qu’après avoir réuni l’Assemblée des guerriers ou le Conseil des anciens. Ils tuent, pillent et enlèvent les femmes de leurs ennemis vaincus avec leurs trésors en guise de butin de guerre.
Les héros homériques ne sont pas des surhommes. Ils éprouvent des sentiments, ils souffrent, ils pleurent. Ils n’accomplissent des exploits qu’avec l’aide des dieux qui dirigent leur vie. Ils sont, pour la plupart, le fruit de l’union d’un dieu et d’une mortelle (ou vice versa), ou, pour le moins, ont un dieu dans leur ascendance. Chacun a la volonté d’être toujours le meilleur, car l’immortalité à laquelle ils aspirent est de survivre par leurs exploits dans la mémoire des générations à venir. L’épopée qui les célèbre leur donne cette immortalité.

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