"Aussi longtemps que l’aube dure
et que grandit le jour sacré, les traits des deux côtés
portent et les hommes tombent. Mais l’heure vient où
le soleil a franchi le milieu du ciel ; alors le Père
des dieux déploie sa balance d’or ; il y place
les deux déesses du trépas douloureux, celle des Troyens
dompteurs de cavales, celle des Achéens à la cotte
de bronze ; puis, la prenant par le milieu, il la soulève,
et c’est le jour fatal des Achéens qui penche."
Iliade, VIII, 66-73, trad. Paul Mazon
Dans l’
Iliade, les Achéens "aux bonnes
jambières" et les Troyens "dompteurs de cavales"
ne sont guère différents. Ils parlent la même
langue, prient les mêmes dieux, leur sacrifient les mêmes
hécatombes de cuisses de taureaux, de génisses et de
chèvres, dont ils font ensuite un festin, incinèrent
leurs morts et pratiquent les mêmes rites funéraires,
guerroient de la même manière, arrivant en chars sur
le lieu du combat puis, la plupart du temps, sautant des chars pour
se jeter dans la mêlée ou s’affronter au corps
à corps. Lorsqu’ils tuent un adversaire, ils le dépouillent
de ses armes et s’emparent de ses chevaux. Agamemnon comme
Priam ou Hector ne prennent de décisions qu’après
avoir réuni l’Assemblée des guerriers ou le Conseil
des anciens. Ils tuent, pillent et enlèvent les femmes de
leurs ennemis vaincus avec leurs trésors en guise de butin
de guerre.
Les héros homériques ne sont pas des surhommes. Ils
éprouvent des sentiments, ils souffrent, ils pleurent. Ils
n’accomplissent des exploits qu’avec l’aide des
dieux qui dirigent leur vie. Ils sont, pour la plupart, le fruit
de l’union d’un dieu et d’une mortelle (ou vice
versa), ou, pour le moins, ont un dieu dans leur ascendance. Chacun
a la volonté d’être toujours le meilleur, car
l’immortalité à laquelle ils aspirent est de
survivre par leurs exploits dans la mémoire des générations
à venir. L’épopée qui les célèbre
leur donne cette immortalité.
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