arrêt sur

Parmi les chefs troyens

   
"ll est devant la ville une haute butte, à l’écart, dans la plaine, accessible sur tout son pourtour. Les hommes lui donnent le nom de Batiée ; pour les Immortels, c’est la "Tombe de la bondissante Myrhine". C’est là que s’organisent les Troyens et leurs alliés."
Iliade, II, 811-814


Priam, roi de Troie


"Dans tout le pays que limitent, du côté de la mer, Lesbos, séjour de Macar, et, plus loin, la Phrygie et l’immense Hellespont, tu l’emportais sur tous par ta richesse et tes enfants."
Iliade, XXIV, 544-546 (Achille à Priam)
Fils de Laomédon tué par Héraclès, Podarcès fut épargné pour avoir pris le parti du meurtrier contre son père qui avait manqué à sa parole. Racheté par sa sœur Hésione, il prit le nom de Priam ("celui qui a été acheté"). Il régna sur la Troade, la Phrygie, Lesbos et des îles voisines durant de nombreuses années de prospérité. La richesse de Priam est légendaire. De son épouse Hécube et de ses nombreuses concubines, il eut cinquante fils et douze filles : "Ils étaient cinquante, le jour où sont venus les fils des Achéens ; dix-neuf sortaient du même sein, le reste m’était né d’autres femmes en mon palais" (Iliade, XXIV, 496-498).
Au moment de la guerre, il est déjà très vieux et ne combat plus, mais il préside les conseils. Homère le dépeint comme un homme doux, indulgent envers Pâris, affectueux avec Hélène qu’il considère comme sa fille. Il prend toute sa dimension dramatique au chant XXIV, lorsqu’il va, guidé par Hermès, jusqu’au camp d’Achille le supplier de lui rendre le corps de son fils. Cet épisode donne lieu à l’une des scènes les plus pathétiques et les plus belles de l’Iliade. Lors du sac de Troie, Priam sera égorgé dans la cour de son palais, devant l’autel de Zeus, par Néoptolème, le fils qu’Achille avait eu d’une fille du roi Lycomède et qu’Ulysse avait été chercher à Scyros pour l’amener combattre à Troie, après la mort de son père.

Hector, chef des armées troyennes


"J’ai appris à être brave en tout temps et à combattre aux premiers rangs des Troyens, pour gagner une immense gloire à mon père et à moi-même."
Iliade, VI, 444-446
Fils aîné de Priam et d’Hécube, le Troyen Hector, dans l’Iliade, est le pendant du Grec Achille. L’un et l’autre terrifient leurs adversaires dès qu’ils apparaissent et personne ne tient à les affronter. Grâce à l’aide des dieux, Hector sort indemne de toutes les batailles, mais, abandonné par Apollon, il sera vaincu par Achille. Lors du duel avec le grand Ajax, il est sauvé par l’arrivée de la nuit (chant VII) ; plus tard, Apollon détourne de lui la flèche de l’archer Teucros (frère d’Ajax) qui allait le tuer (chant VIII), et, au chant XV, c’est Zeus lui-même qui "brise la corde solide de l’arc impeccable, au moment où Teucros la tire contre Hector". Tant qu’il est protégé par Apollon, Hector avance inexorablement avec ses armées, franchissant la muraille construite par les Achéens pour protéger leur flotte et atteignant les nefs grecques. La contre-offensive de Patrocle, revêtu des armes d’Achille, repousse les Troyens, mais Patrocle, désarmé par Apollon et blessé par Euphorbe, est achevé par Hector qui s’empare de ses armes.
Hector est le plus vaillant défenseur de Troie, bien qu’il désapprouve l’enlèvement d’Hélène "l’Argienne". Il en fait le reproche à son frère et propose sa restitution à plusieurs reprises. Il est cependant bienveillant avec Hélène, mais dur avec Pâris dont il regrette le manque d’énergie guerrière.



Le valeureux héros est aussi un époux aimant et un père affectueux. Les adieux d’Hector et d’Andromaque constituent l’une des scènes les plus célèbres et les plus émouvantes de l’Iliade (VI, 391-502). Quittant le champ de bataille, Hector vient embrasser son épouse et son fils. Sa femme tente de le dissuader de repartir : "tu es pour moi tout ensemble, un père, une digne mère ; pour moi tu es un frère autant qu’un jeune époux. […] ne fais ni de ton fils un orphelin ni de ta femme une veuve", et Hector exprime sa terrible inquiétude sur le sort d’Andromaque : "j’ai moins de souci de la douleur qui attend les Troyens, […] que de la tienne, alors qu’un Achéen à la cotte de bronze t’emmènera pleurante, t’enlevant le jour de la liberté."
Lorsque Astyanax, effrayé par le harnachement de son père, se réfugie dans les bras de sa nourrice, "le grand Hector au casque étincelant" dépose aussitôt son casque à terre, et "prend son fils, et le baise, et le berce en ses bras". Hector, comme il le redoutait, mourra devant les portes de Troie, sous les coups d’Achille aidé d’Athéna, qui trompe le Troyen en lui faisant croire que son frère Déiphobe combat à ses côtés. Les dieux interviendront pour lui une dernière fois : Zeus permettra à Priam de récupérer la dépouille de son fils, malmenée par Achille, mais protégée de toute souillure par Apollon.

Pâris


"Ah ! Pâris de malheur ! ah ! le bellâtre, coureur de femmes et suborneur ! Pourquoi donc es-tu né ? pourquoi n’es-tu pas mort avant d’avoir pris femme ? Que j’eusse mieux aimé cela ! et que cela eût mieux valu que de te voir aujourd’hui notre honte et l’objet du mépris de tous !"
Iliade, III, 39-43 (Hector à Pâris)
Selon la tradition, Pâris, appelé aussi Alexandre, fils de Priam et d’Hécube, fut abandonné à sa naissance sur le mont Ida, car sa mère avait rêvé qu’elle accouchait d’une torche enflammée. Élevé par un berger, il finit par découvrir son origine et se fit reconnaître à Troie au cours de jeux funéraires par son frère Déiphobe et sa sœur Cassandre. Il fut accueilli aussitôt avec joie par ses parents.



Dans l’Iliade, il est regardé autant par les Troyens que par les Grecs comme le responsable de la guerre, pour avoir abusé de l’hospitalité de Ménélas en lui enlevant sa femme Hélène. Mais Aphrodite, qu’il avait jugée plus belle qu’Athéna et Héra, la lui avait promise. Pâris est un héros romantique : il a choisi l’amour d’Hélène plutôt que la puissance ou la gloire offertes par les deux autres déesses. Il marche au combat contraint et forcé. Lorsqu’il se trouve face à Ménélas, il recule, "frappé d’effroi", et c’est Hector qui le force à affronter son rival en combat singulier. Aphrodite le sauve en le ramenant auprès d’Hélène, dont l’accueil est plutôt froid : "Te voilà donc de retour du combat ! Ah ! que tu aurais donc mieux fait d’y périr sous les coups du puissant guerrier qui fut mon premier époux !" (III, 428-430). Tout au long de l’épopée, Homère décrit Hélène pleurant et regrettant d’être cause de la guerre : "Ah ! comme j’aurais dû préférer le trépas cruel, le jour où j’ai suivi ton fils jusqu’ici, abandonnant ma chambre nuptiale, mes proches, ma fille si choyée, mes aimables compagnes" (s’adressant à Priam, III, 173-175) ; elle semble même avoir un certain mépris pour le manque d’ardeur au combat de Pâris. Celui-ci, en revanche, tient à elle par-dessus tout ; contre l’avis des siens, il refuse de la rendre. Il veut bien rendre tous les trésors rapportés d’Argos, et même y ajouter des siens, mais pas Hélène. Selon la tradition, c’est l’archer Pâris qui transperce de sa flèche le talon d’Achille, entraînant sa mort. Lui-même sera tué par l’archer Philoctète lors du sac de Troie (cf. la tragédie d’Euripide, Philoctète).

Énée, chef des Dardaniens


"Il tient sa lance en avant ainsi que son écu bien équilibré, avide de tuer qui marchera sur lui et poussant des cris effroyables."
Iliade, V, 300-302
Fils d’Anchise et de la déesse Aphrodite, né sur le mont Ida où il avait été conçu, Énée fut élevé par les nymphes et le centaure Chiron jusqu’à l’âge de cinq ans. Il épousa Créüse, une des filles de Priam, et s’engagea dans la défense de Troie. Homère le décrit à plusieurs moments de l’Iliade luttant vaillamment dans la mêlée, sous la protection des dieux. Ainsi, au chant V, il est gravement blessé par Diomède et s’écroule, mais Aphrodite le soustrait du combat. Atteinte au poignet par la lance de Diomède, la déesse lâche son fils, immédiatement rattrapé par Apollon qui le met à l’abri dans son temple ; Énée en sort indemne et prêt à se lancer à nouveau dans la bataille. Mais sa bravoure ne va pas jusqu’à oser affronter Achille : "Déjà ailleurs sa lance m’a fait fuir : c’était sur l’Ida, le jour où il attaquait nos bœufs. […] Zeus me sauva alors en me donnant l’élan et des jarrets agiles" (XX, 90-93). Il faudra qu’Apollon l’y pousse. Le voyant en fort mauvaise posture, menacé par l’épée d’Achille, Poséidon, qui pourtant était du côté des Achéens, le sauve en l’emportant hors du combat.
Virgile, dans l’Énéide, raconte ce qu’il advient d’Énée après la chute de Troie : il fuit portant sur son dos son père Anchise, aveugle et paralysé, accompagné de sa femme, de son fils Ascagne et de quelques compagnons, et emportant les Pénates. Ils s’embarquent sur la mer pour un périple mouvementé de plus de sept ans, au cours duquel Anchise et Créüse vont périr. Échoué à Carthage, Énée s’y attarde, retenu par l’amour de la reine Didon. Mais les dieux lui rappellent sa mission qui est de fonder une cité, et il quitte Didon, qui se suicide. Il atteint enfin l’Italie ; accueilli dans le Latium par le roi Latinus, il s’y s’installe avec les siens et épouse Lavinia, la fille du roi. Ascagne fondera Albe et Énée la ville de Lavinium, origine de Rome. Romulus et Remus sont les descendants d’Énée par leur mère.

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