"Écoute, Poséidon aux cheveux bleus, maître des terres ! Si je suis vraiment ton fils, toi qui prétends m’avoir fait, empêche de rentrer chez lui cet Ulysse, Fléau des villes !" (Odyssée, IX, 528-530.)

"Tu désires un doux retour, illustre Ulysse : un dieu va te l’aigrir. Car je ne pense pas que Poséidon oublie, son âme est pleine de rancune, il t’en veut d’avoir aveuglé l’un de ses fils." (Odyssée, XI, 100-103.)
"Voici quelque avis qu’autrefois me donna Nausithoos mon père : Poséidon, disait-il, nous en voudrait un jour de notre renommée d’infaillibles passeurs et, lorsque rentrerait de quelque reconduite un solide croiseur du peuple phéacien, le dieu le briserait dans la brume des mers, puis couvrirait le bourg du grand mont qui l’encercle." (Odyssée, VIII, 564-569.)Poséidon ne se laissait pas volontiers apaiser par les hommes. Sa haine pouvait ainsi s’étendre sur plusieurs générations, pour un outrage unique. Parce que Laomédon, grand-père d’Hector, avait osé lui résister, il fut le seul des dieux à refuser que le cadavre d’Hector, qui n’avait pourtant commis aucune faute envers lui, échappât à la fureur d’Achille. En vérité, le père de Polyphème, querelleur et toujours en conflit avec les autres habitants de l’Olympe, savait se faire craindre même des autres dieux.
"Je prétends, pour la force, l’emporter de beaucoup sur lui, tout aussi bien que je suis son aîné par la naissance. Mais il n’a, lui, nul scrupule en son cœur à me parler comme on parle à un pair, à moi, moi qui fais peur à tous les autres." (Iliade, XV, 165-167.)
"Je ne voulais pas combattre Poséidon, le frère de mon père, qui, l’âme pleine de rancune, t’en voulait d’avoir aveuglé l’un de ses fils." (Odyssée, XIII, 341-343.)Zeus lui-même évoque devant Athéna le courroux de son frère :
"Comment pourrais-je perdre souvenir d’Ulysse, le plus intelligent et le plus généreux des hommes pour les dieux immortels qui possèdent le ciel immense ? Mais Poséidon, Seigneur des Terres, lui en veut encore pour ce Cyclope dont il a crevé un œil, Polyphème l’égal des dieux, et le plus fort de sa race." (Odyssée, I, 65-69.)Et lorsqu’avec le temps les dieux, prenant Ulysse en pitié, se résolvent à mettre fin à ses tourments, Poséidon résiste encore :
"Malheur ! les dieux ont donc changé leur attitude envers Ulysse, quand j’étais en Éthiopie ! le voilà presque en terre phéacienne, où le destin, au comble de malheur qui l’attendait, l’arrachera ! Mais il aura encore, par ma foi, son poids d’ennuis !" (Odyssée, V, 286-290.)
"Le monde a été partagé en trois ; chacun a eu son apanage. J’ai obtenu pour moi, après tirage au sort, d’habiter la blanche mer à jamais ; Hadès a eu pour lot l’ombre brumeuse, Zeus le vaste ciel, en plein éther, en pleins nuages. "(Iliade, XV, 189-192.)

"Ce disant, il rallia les nuages, troubla la mer, trident en main ; des quatre coins de l’horizon il déchaîna les quatre vents, et couvrit de nuées la terre avec la mer ; du haut du ciel tomba la nuit. Notos, Euros, Zéphyre hurlant, Borée d’azur s’abattirent ensemble en soulevant d’énormes vagues." (Odyssée, V, 291-296.)Enfin, le pouvoir de Poséidon s’exerce également dans les fonds abyssaux :
"l fait trois enjambées ; à la quatrième, il atteint son but, Ægès, où un palais illustre lui a été construit dans l’abîme marin, étincelant d’or, éternel. Aussitôt arrivé, il attelle à son char deux coursiers aux pieds de bronze et au vol prompt, dont le front porte une crinière d’or. Lui-même se vêt d’or, prend en main un fouet d’or façonné, puis, montant sur son char, pousse vers les flots. Les monstres de la mer le fêtent de leurs bonds." (Iliade, XIII, 20-27.)Poséidon règne à la surface de la mer, sur l’air qui la couvre et dans ses profondeurs. Ulysse vogue indéfiniment sur le royaume de son pire ennemi et dans un univers contrôlé par lui…
"La terre pour nous trois est un bien commun, ainsi que le haut Olympe. Je n’entends pas dès lors vivre au gré de Zeus." (Iliade, XV, 193-194.)Si l’étymologie de Poséidon, le nom du dieu, reste discutée, une hypothèse le rattache logiquement à la mer ; une autre, séduisante, en fait l’"époux de la terre". Poséidon est en effet le dieu sans lequel les murs ne peuvent tenir. Les Anciens, pour se concilier ses grâces, l’appelaient "le Stable" ou "le Teneur de fondations". Selon Homère, c’est Poséidon qui avec Apollon avait érigé les murs de Troie, du temps du père de Priam, Laomédon :
"Tu ne te souviens même pas des maux que, seuls parmi les dieux, nous avons soufferts tous deux autour d’Ilion, quand nous sommes venus, sur l’ordre de Zeus, louer nos services à l’année chez le noble Laomédon, pour un salaire convenu. Il était notre maître, il nous donnait des ordres. J’ai alors, moi pour les Troyens, bâti autour de leur cité, une large et superbe muraille, qui rend leur ville inexpugnable." (Iliade, XXI, 441-447.)
"Poséidon émeut la terre infinie et les hautes cimes des monts. Bases et sommets, l’Ida aux mille sources est tout ébranlé, et la cité des Troyens, et la flotte des Achéens." (Iliade, XX, 57-60.)Les catastrophes naturelles qui ravageaient la Méditerranée lui étaient fréquemment attribuées, de même que l’activité volcanique était souvent rapportée à la présence de Cyclopes. Les Anciens se représentaient la terre comme une île entourée d’un océan, avec une mer intérieure. Dans cette vision spécifique du monde, on comprend que les pouvoirs de Poséidon sur mer comme sur terre soient considérables.
"[Tirésias] m’a ordonné d’aller de ville en ville par le monde, tenant entre mes mains ma bonne rame, jusqu’à ce que je trouve ceux qui ne connaissent pas la mer, et qui ne mêlent pas de sel aux aliments ; ils ne connaissent pas les navires fardés de rouge, ni les rames qui sont les ailes des navires. Ensuite il me donna le clair indice que voici : lorsque quelqu’un, croisant ma route, croira voir sur mon illustre épaule une pelle à vanner, alors il m’ordonna, plantant ma bonne rame en terre, d’offrir un sacrifice au seigneur Poséidon : bélier, taureau, verrat capable de couvrir les truies, puis de rentrer chez moi, d’offrir les saintes hécatombes aux Immortels qui possèdent le ciel immense, dans l’ordre rituel. Et la mort viendra me chercher hors de la mer, une très douce mort qui m’abattra affaibli par l’âge opulent ; le peuple autour de moi sera heureux. Voilà tout ce qu’il me prédit." (Odyssée, XXIII, 267-284.)Guidé par la prophétie de Tirésias, Ulysse quitte l’univers de Poséidon et du Cyclope pour rejoindre le monde du blé (celui de la "pelle à grains"), de l’agriculture, des mangeurs de pain chers à Homère, de la vie en communauté ("au milieu des peuples fortunés"), toutes choses que le Cyclope ignorait et desquelles son père avait voulu priver Ulysse. Un sacrifice à Poséidon, enfin amadoué, marque ce retour à l’ordre et à la sérénité. Ulysse, cette fois, est définitivement passé du royaume inhumain de Poséidon aux terres accueillantes d’Athéna.