Bouclier d'Achille
Homère, Liv. XVIII
Martin Marvye (1723?-1813), graveur ; Nicolas Vleughels (1668-1737), dessinateur, XVIIIe siècle.
Eau-forte (23,6 x 21 cm)
BnF, Estampes et Photographie, Sa 45 folio
© Bibliothèque nationale de France
Le sous-titre indique que le bouclier fut "copié sur celui que Vleughels a dessiné pour M. Boivin, et qui se trouve dans son apologie d'Homère". Cette planche (pl. I) fait partie de l'"Histoire de l'Académie des Belles Lettres, tome 27, page 21", cette inscription abrégée figurant à droite en haut de la gravure. L'Apologie d'Homère, de Jean Boivin, fut éditée à Paris chez François Jouenne en 1715. Martin Marvie, ou Marvye, est un peintre, graveur et dessinateur français (1713-1813) qui représenta aussi des sujets d'histoire naturelle et des fêtes données à Paris pour la naissance du duc de Bourgogne. Au chant XVIII de l'Iliade, Homère consacre cent quarante vers au bouclier qu'Héphaïstos, à la demande de Thétis, mère d'Achille, forge pour le héros. Ce dernier doit affronter Hector dans un ultime combat, afin de venger son ami Patrocle (revêtu de ses propres armes) tué par le Troyen au chant XVI. Ce bouclier est fameux à plus d'un titre. D'abord, il célèbre l'art du dieu-forgeron : la métallurgie produit signes de pouvoir et armes de guerre. Héphaïstos déploie tout son art dans le mariage des métaux (argent, or, airain, étain), assemblés par couches successives et ciselés selon les scènes représentées. Ensuite, le choix du modèle offre une image du monde homérique et surtout la vision qu'a le Poète de l'homme dans ce monde. Au centre du bouclier, le ciel avec ses constellations, le Soleil, la Lune, les nuées, disent la place de l'homme dans l'univers. En allant vers les bords de l'arme est représentée en douze scènes (rappelant les douze mois de l'année du Zodiaque) la vie de l'homme en société, dans un jeu de contrastes. Deux cités, l'une "en guerre" et l'autre "en paix", montrent la vie des villes s'opposant à la vie pastorale. Le décor du bouclier offre une image du bonheur terrestre (on est heureux sur terre, non en voyage, ni sur mer : aucune image de navires, de poissons sur cette arme). Bonheur non individuel, mais collectif : on travaille, on festoie, on se délasse ensemble. L'arme illustre aussi le temps non linaire, mais cyclique, l'image du cercle étant partout présente : rondeur du bouclier, des astres, danses tournant sur elles-mêmes, rondeur des grains du raisin vendangé, couronnes de lauriers… en sont des exemples. Temps cyclique puisque toutes ces activités reviennent toujours et que, si les individus disparaissent, le genre humain se perpétue.
 
 

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