arrêt sur

Les réécritures : l’exemple de la descente aux Enfers

 
Le thème choisi permet de comprendre une des fonctions du principe, un peu abstrait pour des lycéens, de la réécriture : on pourra commencer par réfléchir aux raisons de la persistance de ce thème du voyage vers le royaume des morts à travers le temps (question fondamentale de la mort, rapports de l’homme avec l’au-delà, question esthétique de la représentation de l’invisible…)
 

Virgile réécrit Homère

La comparaison des textes d’Homère et de Virgile permet une première approche de la notion de réécriture, à travers une reprise de nature sérieuse, qui confirme l’autorité du texte-source. On montrera que le texte de Virgile reprend et prolonge celui d’Homère (il fait apparaître non seulement l’invocation aux morts, mais aussi la descente aux Enfers à proprement parler, qui met en place la figure du guide) : il s’agit d’une amplification. Les élèves pourront aborder les deux textes d’abord en relevant leurs points communs (champs lexicaux de l’obscurité, de la mort, des sentiments, du surnaturel…), puis leurs différences (passage d’une énonciation à la première personne à une narration à la troisième personne, avec l’étude des effets produits par cette variation…). On peut profiter de cette étude pour mettre en lumière les principales caractéristiques de l’écriture épique, dont la définition est essentielle pour comprendre les enjeux des réécritures suivantes.
 

Dante réécrit Virgile

Le texte de Dante est une réécriture de celui de Virgile (une dérivation de type hypertextuelle, puisque le texte source n’est pas explicitement présent dans le texte réécrit). Il permet de comprendre comment la réécriture peut reposer sur l’adaptation d’une situation à un nouveau contexte culturel (ici, le passage du monde païen au monde chrétien) qui en modifie les enjeux. A partir d’un questionnaire fondé sur les variations énonciatives des deux extraits, et sur le changement de statut des deux narrateurs, on pourra montrer qu’on a ici affaire à une initiation littéraire, où le glaive est remplacé par la plume.
 

Gautier réécrit Dante

Le texte de Gautier montre une réécriture paradoxale, placée sous le signe de la négation : le poème fait allusion au texte source et le transpose, mais pour affirmer sa propre originalité (on pourra relever, par exemple, toutes les tournures négatives du poème, principalement dans le portrait du guide féminin). On pourra amener les élèves à observer le double processus d’esthétisation et d’érotisation de la mort chez Gautier (notamment à travers une étude des images et du registre pathétique), pour leur montrer que la réécriture permet d’imposer une nouvelle esthétique (ici, celle de l’Art pour l’Art).
 

La réécriture naturaliste de Zola

Le texte de Zola peut être abordé à travers un questionnaire préparatoire sur les champs lexicaux et le registre ; les élèves devront mettre en évidence l’opposition entre le registre fantastique des extraits précédents et la dimension réaliste de celui-ci. La transposition opérée par Zola est à la fois générique (de l’épopée au roman), chronologique (le passage à un contexte contemporain, comme chez Dante), et narrative (l’enfer est ici métaphorique : seule une étude du symbolisme du texte permet de saisir la présence de cette métaphore). La réécriture, outre sa fonction littéraire, a donc ici aussi une fonction argumentative : elle permet à Zola de dénoncer les conditions de travail réelles des mineurs de son temps.
 
L’ensemble de la séquence pourra finalement donner lieu à une évaluation de type baccalauréat, où l’on pourra faire réfléchir sur la place de l’originalité dans la réécriture (dissertation) ; le travail d’écriture d’invention pourra soit inviter à pratiquer une réécriture "à la manière de" (une parodie par exemple), ou occasionner un travail sur les registres.
On pourra également prolonger ce travail par le visionnage d’un ou de plusieurs films qui proposent des variations sur l’Odyssée. (cf. Bibliographie)
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