arrêt sur

Dante, L'Enfer

   
 
La Divine Comédie, que le poète italien compose à la fin du XIIIe siècle, est surtout inspirée de l’Énéide de Virgile : mais cette fois, guidé par Virgile lui-même, c’est le poète lui-même qui est le sujet de sa propre odyssée. Son périple dans l’au-delà est à la fois épique, littéraire et philosophique : finalement sauvé par l’amour, il est en quête du savoir absolu.
 
Chant premier
[...] "Es-tu donc ce Virgile et cette source
qui répandis si grand fleuve de langage ?"
lui répondis-je, avec la honte au front.
"Ô lumière et honneur de tous les poètes,
que m'aident la longue étude et le grand amour
qui m'ont ait chercher ton ouvrage.
Tu es mon maître et mon auteur
Tu es le seul où j'ai puisé
Le beau style qui m'a fait honneur.

[ Virgile accepte alors de guider Dante, et lui dit : ]

Donc pour ton mieux je pense et je dispose
Que tut me suives, et je serai ton guide,
Et je te tirerai d'ici vers un lieu éternel,
Où tu entendras les cris désespérés;
Tu verras les antiques esprits dolents
Qui chacun crie à la seconde mort;
Et tu verras ceux qui sont contents
Dans le feu, parce qu'ils espèrent venir
Un jour futur aux gens heureux.
Et si tu veux ensuite monter vers eux
Une âme se trouvera, bien plus digne que moi :
A elle je te laisserai à mon départ;
Car cet empereur qui est là-haut,
Comme je fus rebelle à sa loi,
Ne veut pas qu'on vienne par moi à sa cité.
En tous lieux il gouverne, et là il règne :
Là est sa ville et son haut siège.
Ô bienheureux celai qu'il y choisit !"
Et moi, à lui : "Poète, le te prie,
Par ce Dieu que tu n'as pas connu,
Pour que je fuie ce mal et pire,
Que tu me mènes là où tu as dit,
En sorte que je voie la porte de saint Pierre,
Et ceux que tu décris si emplis de tristesse."
Alors il s'ébranla, et je suivis sus pas.

Extrait de : Dante, L’Enfer, traduction J. Risset, "GF-Flammarion ",
v. 79-78 et 112-136,  p. 29. © Flammarion.
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