En colère contre Agamemnon qui lui a repris Briséis, sa belle captive, Achille refuse de combattre. Devant l'avancée des Troyens, il permet toutefois à Patrocle d'emprunter son armure pour repousser l'ennemi hors du camp grec. Son ami est tué par Hector qui, ultime humiliation, s'empare des armes d'Achille. Bien décidé à venger la mort de Patrocle, Achille a besoin de nouvelles armes que sa mère, la déesse marine Thétis, demande à Héphaïstos de fabriquer. Le dieu forgeron assemble le bronze, l'étain, l'or, et s'attache particulièrement au bouclier, qu'il décore d'une image du monde, modelant en ses reliefs une vision de l'humanité.

Un tel bouclier n'a jamais existé : il s'agit de la description littéraire d'une œuvre imaginaire. C'est au XVIIIe siècle que l'on tente une reconstitution. L'existence d'Homère est alors mise en doute par les Modernes dans leur querelle avec les Anciens et l'on cherche à démontrer la vraisemblance du bouclier d'Achille. Au siècle suivant, une autre restitution sera proposée sur le modèle du bas-relief antique.

La description du bouclier commence par une image du dieu devant ses fourneaux. Homère met d'abord en scène un savoir faire, une science et un art bien réel, avant de laisser son imagination s'envoler. À travers l'art d'Héphaïstos, la fabrication du bouclier célèbre la maîtrise du feu par l'homme et l'essor d'une science métallurgique encore mystérieuse qui fait basculer une société rurale traditionnellement agraire, vers une société guerrière avec des cités fortifiées où l'on thésaurise les armes et l'or.

Très différent par sa forme ronde des boucliers utilisés dans les combats, entouré par l'océan, le bouclier d'Achille annonce déjà les mappemondes et inaugure une longue tradition de représentation du monde dans un cercle.

Dans cette société qui découvre avec la métallurgie le pouvoir des armes et des outils, qui s'approprie l'art divin du forgeron, les hommes tiennent en main leur destin. C'est cette vision dont rend compte le bouclier d'Achille.

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