Dessins fantasques


Ces dessins gardent aujourd'hui encore tout leur mystère. La présence de spectres, d'êtres hybrides qui tiennent de l'humain, de l'animal, du végétal, du minéral, les situe dans la mouvance des Tables. Mais il ne s'agit pas de dessins spirites : ils ont tous été réalisés entre 1856 et 1857, à Guernesey, alors que le cercle Hugo avait cessé d'interroger les esprits. De plus leur tracé, comme l'ont fait remarquer Joumet et Robert, est très différent de celui, hésitant, des Tables.
   

Toutes sortes d'hypothèses ont été avancées : dessins exécutés de la main gauche ? influencés par le découpage dentelé des côtes guernesiaises ? par la forme des nuages ? ou par ces cartes de géographie à forme anthropomorphique que l'on reproduisait au XIXe siècle en France mais surtout en Angleterre ? dessins inspirés par les conversations familiales à Guernesey ? tracés d'un seul trait comme ceux de Michaux : "Une ligne plutôt que des lignes. Ainsi je commence, me laissant mener par une, une seule, que sans relâcher le crayon de dessus le papier je laisse courir, jusqu'à ce qu'à force d'errer sans se fixer dans cet espace réduit, il y ait obligatoirement arrêt. [...] Ce qu'on voit alors est un dessin comme désireux de rentrer en lui-même."

 

 

Une série de musiciens


Tous ces dessins s'organisent autour de plusieurs thèmes. Les musiciens sont les plus nombreux. Si on les réunissait, ce serait un orchestre entier que l'on recomposerait où figureraient choristes, instruments à corde et instruments à vent. Victor Hugo fait d'ailleurs preuve d'une grande connaissance dans ce domaine, reproduisant des instruments créés depuis peu. La musique occupait une place importante dans la vie de Hauteville House : Adèle jouait du piano et composait ; en outre, les concerts donnés à Jersey par Augustine Allix et le violoniste Édouard Réményi se poursuivirent à Guernesey. Ces dessins traduisent-ils la vibration du son ? S'inscrivent-ils dans des recherches sur la cadence, telles celles accomplies par Paul Klee dans La Pensée créatrice ?
   


   


Parmi les autres thèmes récurrents figure l'évocation de rapports entre adultes et enfants. Des silhouettes féminines apparaissent aussi, toujours représentées en compagnie d'un perroquet – qu'il faut parfois identifier dans les plis d'une robe – et d'un éventail : ces attributs sont-ils là pour caricaturer la coquetterie ? Satyres, esprits des bois, mages, sorcières enfin, hantent aussi toutes ces pages.

 

 

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