L'expérience photographique


En novembre 1852 naît dans le cercle Hugo l'idée de créer un atelier de photographie. Les buts ? illustrer de portraits de Hugo ses œuvres, rééditer Le Rhin avec des reproductions de paysages, enfin publier un album de photographies sur Jersey et les îles de la Manche, accompagné de vers du poète et de textes de ses fils et d'Auguste Vacquerie. Si l'atelier fonctionne activement pendant les trois années d'exil à Jersey – quelque trois cent cinquante photographies sont alors prises –, en revanche les projets soumis aux éditeurs, réticents devant ce procédé encore révolutionnaire, ne verront jamais le jour.
   

 

Des prises de vues mises en scène par Hugo


Ne prenant pas les photographies lui-même, Victor Hugo accompagne son fils Charles : extraordinaire médium durant les séances spirites, ce dernier est en même temps un intermédiaire pour les prises de vue. On discerne la présence du père dans le choix et le cadrage des photographies : le rocher de l'Ermitage, le brise-lames, les ruines de Gros-Nez... Qu'il pose lui-même ou qu'il préside à des prises de vue de paysages, Victor Hugo renoue avec le metteur en scène qui, en marge de son manuscrit, plante presque toujours le décor de scène ou participe aux répétitions.
   

 
   

Il s'établit un constant va-et-vient entre la photographie et le dessin : certains d'entre eux sont nés de la photographie ; comme avec les dessins qu'il fragmente, comme avec les coffres qu'il démonte pour en agencer différemment les éléments, Hugo agit de même avec la photographie : il découpe, recadre une photographie de Vacquerie, en redessine certains contours ; dans l'Album des Proscrits (MVH, Inv. 2257) où il réunit nombre de photographies, il exécute plusieurs dessins où l'influence de la photographie est considérable : il y a focalisation sur l'objet dessiné sans aucune autre référence descriptive, le fond est inspiré des effets de rideau froissé que l'on retrouve dans diverses photographies. Les papiers découpés, les collages auxquels le poète procède y trouvent aussi leur source.
   




Enfin les dessins sont à leur tour photographiés, ainsi le pendu : est-ce avec le projet de diffuser ses convictions contre la peine de mort, comme il le fera avec la gravure effectuée par Paul Chenay d'un dessin très proche, en 1860 ?
Œuvres où se heurtent lumière et obscurité, vie et mort, comme pour donner plus de relief à la cause qu'il défend ; par-delà le temps, d'autres, comme L'Énigme de l'oracle de De Chirico, rejoindront celle du poète humaniste.