L'empereur Jahangir admire une peinture que lui présente Abul-Hasan
Album "Portraits et costumes indien"
École moghole, vers 1610
Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie, OD-49-4, f. 30 (Collection Gentil, don de 1785). Cat. RH n° 14
© Bibliothèque nationale de France
Le peintre Abul-Hasan présente son œuvre à l'empereur Jahangir (règne : 1605-1627), assis sur un tapis, au centre d'une pièce à colonnes de grès rose. Sur le mur du fond, des niches appelées chini khana abritent des bouteilles. Au centre s'ouvre une porte en bois, à demi recouverte d'une tenture mauve à motif de fleurs qu'encadrent des plinthes jaunes bordées de marbre noir incrusté. Trois hommes assistent à cette présentation. Jahangir est appuyé sur un coussin bleu et une fine dague est accrochée par un cordon à son patka (ceinture). Le peintre porte un châle vert bordé d'orange. De tous les empereurs moghols, Jahangir fut le plus grand amateur d'art, se vantant de reconnaître sur une miniature chaque artiste qui y avait travaillé : « Je prends un tel plaisir et j'ai acquis une telle compétence en la matière que devant une peinture, même si le nom de l'artiste n'est pas mentionné, qu'il s'agisse de l'œuvre d'un maître ancien ou de celle d'un contemporain, je peux instantanément en reconnaître l'auteur et, s'il s'agit d'une composition réalisée par plusieurs maîtres, je peux dire qui a peint le visage, qui a dessiné les yeux et lequel a tracé les sourcils » (Janhangir nama).
Esthète raffiné et mécène prodigue, Jahangir sut s'entourer d'artistes talentueux, qu'il gratifia souvent de surnoms élogieux : Abul-Hasan reçut ainsi le titre de Nadir az-Zaman, « Merveille de l'époque ». La pratique, courante à l'époque de son prédécesseur Akbar, d'une collaboration entre plusieurs artistes pour une même œuvre, disparaît au profit de miniatures dues à un seul et souvent signées. La mode est désormais aux scènes intimistes, aux planches animalières ou botaniques, ainsi qu'aux figures isolées, réalistes, se détachant sur un fond uni. Valant pour elles-mêmes, indépendamment d'un récit auquel elles serviraient d'illustration, ces peintures sont destinées à être montées en albums (muraqqa) pour la délectation de l'empereur.
 
 

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