Saint Jean l'évangéliste
Album "Dessins persans (miniatures de l'Inde et de Perse)"
Par le peintre dit de Dara Shikoh, d'après une gravure de J. de Weert copiant Wierix
École moghole, vers 1640
Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie, Réserve OD-42 PET FOL, f. 19v (Acquisition Techener, 1836). Cat. RH n° 34
© Bibliothèque nationale de France
Cette miniature est directement copiée d'une gravure de J. de Weert, reprenant une composition de l'artiste flamand Antonius Wierix dont elle a conservé le coloris grâce à la technique de la grisaille (nim qalam). Saint Jean l'évangéliste tient ici la coupe empoisonnée qu'on lui offrit à Ephèse et dont le venin, sous la forme d'un petit dragon à deux têtes, fut anéanti par un signe de croix. La technique de la taille-douce était inconnue en Inde et les gravures introduites notamment par les Jésuites fascinèrent les artistes locaux. La diffusion de modèles européens permit à l'art moghol de s'affranchir progressivement de l'esthétique persane et d'affirmer sa singularité.
Grâce à la découverte par Vasco de Gama du passage de Bonne-Espérance en 1498 et d'une voie maritime vers les Indes, les Portugais étendirent leur influence en Asie à partir de Goa, sur la côte sud-ouest de l'Inde. Leur volonté de ravir aux Arabes le lucratif commerce des épices et des cotonnades marqua le début de la présence européenne en Inde. Bientôt Anglais, Hollandais et Français suivront leur pas. Depuis le Moyen Age, l'Occident rêve en effet de l'Inde. Cette fascination est alimentée par les récits fantastiques rapportés par des voyageurs qui, tel Marco Polo, n'ont fait qu'entrevoir le pays. Plus tard, aux XVIIe et au XVIIIe siècles, l'Inde reste toujours mystérieuse, incompréhensible. Tous les paradoxes s'y mêlent : le sentiment religieux côtoie les idoles grossières, le despotisme s'oppose à la sagesse et la richesse des souverains à la misère du peuple.
En 1580, à la demande d'Akbar, une mission jésuite se rendit de Goa à la cour, afin de participer aux discussions religieuses qu'organisait l'empereur, désireux de fonder une « religion divine », syncrétique, combinant Islam, Hindouisme, Judaïsme, Christianisme et Zoroastrisme. Les missionnaires apportèrent à Akbar des présents au nombre desquels figurait la célèbre Bible Polyglotte éditée à Anvers entre 1568 et 1573 par Christophe Plantin pour le roi d'Espagne Philippe II et illustrée de gravures. Les peintres de l'atelier impérial, encouragés par Akbar et son successeur Jahangir, étudièrent ces témoignages d'un art étranger, les copièrent ou en adaptèrent les sujets exotiques. Ils assimilèrent certains traits de l'art occidental de la Renaissance : science du clair-obscur et de la perspective, vision plus naturaliste du monde et de l'homme.
 
 

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