L'empereur Shah Jahan tenant un iris
Album "Batailles et sujets historiques de l'Inde et de Perse"
D'après Hashim (?)
École moghole, vers 1655
Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie, Réserve OD-44 FOL, f. 27. Don du colonel Gentil, 1785. Cat. RH n° 47
© Bibliothèque nationale de France
L'empereur Shah Jahan est vêtu d'un riche jama en lamé or, brodé de fleurs rouges et porte des babouches de la même couleur. Il tient un iris dans la main gauche, et, dans l'autre, un sabre dressé, dans un fourreau vert et rouge brodé d'or ; un katar (ou poignard) est glissé dans sa ceinture. L'iris est une fleur quasi dynastique, très souvent représentée dans l'art indo-persan et emblématique chez les Moghols. Contrairement à ses prédécesseurs qui refusaient de la porter, Shah Jahan porte la barbe des musulmans orthodoxes.
Bien que dominé par l'architecture, le règne de Shah Jahan n'en fut pas moins une période faste pour l'ensemble des arts décoratifs. L'un des symboles de la splendeur de la cour du Grand Moghol est sans conteste le célèbre trône du Paon, entièrement réalisé en or incrusté de pierres précieuses (1628-1635), qui servira aux empereurs durant un siècle. Grand lettré et lui-même calligraphe, Shah Jahan favorisa également l'art du livre et de la miniature. Le genre du portrait de cour domine alors, en apparente contradiction avec les principes de l'Islam orthodoxe qui interdit la représentation de la figure humaine. Les premiers exemples de portraits datent de l'époque d'Akbar : les visages tendent peu à peu à s'individualiser grâce à une carnation différente, à une barbe ou à des moustaches ; les silhouettes graciles héritées de l'art persan gagnent en volume. Mais c'est sous Jahangir, puis Shah Jahan que le portrait de cour, réaliste, s'impose. Les peintres adoptent, comme ici, le profil au détriment de la représentation de trois quarts, moins lisible. Un certain hiératisme de la figure humaine domine, accentué par la monochromie relative des fonds. Il est l'exact reflet d'une vie de cour régie par l'étiquette et la hiérarchie des rangs. Ainsi conçu, le portrait exalte la dignité et la grandeur de son commanditaire. À la finesse de l'observation psychologique, manifeste sous Akbar et Jahangir, se substitue progressivement sous Shah Jahan une raideur de convention.
 
 

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