Le Nawab Shuja ud-Daula tire au mousquet de la terrasse de son palais
Album "Indes. Costumes et mœurs"
Style de Dip Chand
Company School, Faizabad, vers 1765
Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie, OD-32 (1)-FOL, f. 4-5. Don du colonel Gentil, 1785. Cat. RH n° 274-2
© Bibliothèque nationale de France
Sur la terrasse de son palais de grès rose, au bord de la rivière Gogra, le nawab d'Awadh, Shuja ud-Daula essaie un long mousquet à mèche. Il est entouré d'un petit groupe dont trois Européens, parmi lesquels, fort probablement, le chevalier Gentil qui se tient à ses côtés. Jean-Baptiste Joseph Gentil, colonel d'infanterie, s'embarqua en 1752 pour les Indes et y demeura vingt-sept ans. Il prêta notamment ses services à Shuja ud-Daula dont il fut le conseiller technique et militaire.
On serait tenté de reconnaître ici une scène à laquelle Gentil assista : « Je l'ai vu en présence des Anglais, étant sur un balcon, prendre un fusil indoustan d'une seule main, et casser avec une balle de plomb, un vase de terre que le courant de la rivière entraînait. » Les autres spectateurs pourraient être les deux Anglais, ainsi que deux chobdar, deux serviteurs agitant des morchhal et quatre de ses fils. Les visages des trois Européens sont peu individualisés, mais il serait tout aussi séduisant d'y reconnaître, outre Gentil, Polier, ingénieur au service de Shuja ud-Daula et Claude Martin, superintendant de l'arsenal ou commandant général de l'artillerie.

Cette peinture appartient au groupe des Company School ou Company Paintings. Ce terme désigne les peintures réalisées par des artistes indiens pour le compte des Britanniques, agents de la « Company » anglaise des Indes et, par extension, des Européens, durant les XVIIIe et XIXe siècles. Leur facture s'inspire souvent du style européen et leur technique est bien différente de celle de la miniature, car elles sont peintes de manière plus large, à la gouache, souvent diluée pour imiter l'aquarelle. Les Company Paintings sont habituellement exécutées sur des papiers européens. On peut identifier différents styles selon les régions et les villes où séjournaient les commanditaires. Ces derniers furent curieux des architectures qu'ils visitaient et des populations qu'ils côtoyaient. L'usage se répandit de représenter les métiers, les castes, les costumes, mais aussi les monuments, en des suites reliées pour les voyageurs.
 
 

> partager
 
 
 

 
> copier l'aperçu
 
 
> commander