Le Taj Mahal vu de la rivière Yamuna
Company School, Agra, vers 1815
Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie, OD-63(A) FT 4, f. 5. Acquis de Klincksieck, 1876. Cat. RH n° 285-5
© Bibliothèque nationale de France
Alors qu'il n'était encore que prince, Shah Jahan fut invité à participer à la fête du Mina Bazar, qui autorisait chaque mois les femmes du palais impérial à vendre étoffes et bijoux. C'est là qu'il tomba amoureux d'une jeune adolescente de quatorze ans, la future Mumtaz Mahal, « la plus vertueuse du palais ». Pour rendre hommage à son épouse, morte en donnant naissance à leur quatorzième enfant, l'empereur Shah Jahan décida de construire un mausolée de marbre blanc dont la beauté symboliserait l'étendue de son amour. Commencé en 1632, le Taj Mahal fut achevé dix ans plus tard. Gardé par une enceinte en grès rouge percée de quatre portes dont trois sont fausses, le mausolée sommé d'une coupole se mire dans un canal central et surplombe un magnifique jardin, image du Paradis. Quatre minarets l'encadrent, tandis qu'en contrebas, se trouvent une mosquée et une maison d'hôtes, elles aussi en grès rouge.

« Au loin dans les plaines, on voit des coupoles blanches, de cette blancheur diaphane des marbres qu'aucune peinture, aucun revêtement ne saurait imiter ; elles émergent çà et là du brouillard de poussière qui traîne le sol, et qui bleuit ou s'irise avec le soir (…) Et le plus grand de ces dômes est le Taje, l'incomparable Taje, où la grande sultane Muntaz Mahal dort depuis deux cent soixante-dix ans (…) Des miniatures, des émaux nous ont conservé les traits, sous le turban doré et l'aigrette étincelante, de cette Muntaz Mahal qui inspira tant d'amour, et du sultan son époux », l'empereur Shah Jahan, « qui », en voulut créer autour de la morte une splendeur tellement inouïe. Le Taje, c'est, dans un grand parc funéraire muré comme une citadelle, le plus gigantesque et le plus impeccable amas de marbre blanc qui soit au monde. Les murailles du parc sont en grès rouge, ainsi que les hautes coupoles, incrustées d'albâtre, qui s'élèvent au-dessus des portes extérieures, aux quatre angles du vaste enclos. Les allées – palmiers et cyprès -, les pièces d'eau, les charmilles ombreuses, tout est tracé en lignes droites et sévères. Et là-bas, au fond, trône superbement l'idéal mausolée, d'une blancheur plus neigeuse encore au-dessus de ces verdures sombres (…) Sous la coupole (…) de soixante-quinze pieds de haut, qui abrite le sommeil de la sultane, c'est l'excès de la simplicité superbe, le summum de la splendeur blanche. Il devrait faire sombre là, et il fait clair, comme si toutes ces blancheurs rayonnaient, comme si ce grand ciel de marbre, taillé à mille facettes, avait on ne sait quelle vague transparence (…) À la base seulement et tout autour des précieuses murailles, il y a comme un parterre de grands lis, dont les tiges semblent sortir du sol et dont les pétales, sculptés en haut relief et en plein marbre, ont l'air prêts à s'effeuiller… » Pierre Loti, L'Inde (sans les Anglais), Paris, 1903.
 
 

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