Gopivastraharanam
Cent quatre-vingt-quinze divinités indiennes en deux albums
Sud de l'Andhra Pradesh (au nord de Madras), limitrophe du Karnataka, vers 1720-1730
Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie, OD-40(A) PET FOL, f. 120. Acquis de Charles Adrien Picard, 1767. Cat. RH n° 293 b-120
© Bibliothèque nationale de France
Des bergères, les gopi, qui se baignent nues dans les eaux de la Yamuna ont laissé leurs saris sur le bord de la rivière. Ayant dérobé leurs vêtements, Krishna, grimpé dans un arbre, refuse de les leur rendre si elles ne sortent pas de l'eau ni ne l'adorent des deux mains. Cette scène peut s'interpréter de différentes façons. On peut la lire comme l'une des nombreuses espiègleries de Krishna envers les bergères de Vraja, mais elle signifie aussi qu'il faut se dépouiller et tout abandonner pour paraître devant Dieu.
Krishna est la huitième incarnation de Vishnu, celle qui suscite en Inde le plus d'adorateurs. Le nom de Krishna signifie « le Noir » : sa peau noire, ou parfois bleue comme ici, vient de ce que Vishnu s'arracha deux cheveux de la tête, un noir et un blanc. Ces cheveux fécondèrent Rohini et Devaki. Le cheveu blanc donna naissance au frère aîné de Krishna, Balarama et le cheveu noir à Krishna. Vishnu vint sur terre pour mettre fin à la tyrannie du roi Kamsa. Celui-ci emprisonna Devaki, la mère de Krishna et fit massacrer tous ses enfants. Grâce à l'intervention de Vishnu, Balarama et Krishna furent épargnés. Le petit Krishna grandit parmi les bouviers. L'enfant était espiègle et d'une force étonnante. Il devint un magnifique jeune homme qui aimait par dessus tout les jeux avec les bergères. Les nuits d'automne, il les séduisait par le jeu suave de sa flûte et dansait avec elles au clair de lune. La vie haute en couleurs de Krishna est notamment racontée dans le Bhagavata Purana et le Harivamsha Mahabharata.

Ces recueils illustrés étaient destinés à quelque amateur français, curieux des « étrangetés » du panthéon hindou. Les peintures sont d'une palette de couleurs très variées et vives ; leurs titres inscrits, d'une part en français et d'autre part en écritures autochtones – le telugu et le tamil – dénotent qu'elles sont originaires du nord-est de la péninsule du Deccan, aux confins de l'Andhra Pradesh et du Tamil Nadu, autour de Madras (maintenant dénommée Chennai), là où se pratiquent encore à parts égales ces deux langues. Bien qu'elles aient été réalisées en série, et probablement en grand nombre, ces illustrations – comme c'est souvent le cas pour les œuvres de facture populaire – sont aujourd'hui assez rares. Peu d'institutions conservent de suites aussi complètes que celle-ci.
 
 

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