Barattage de la mer de lait
Album "Histoire du monde ou Création de l'univers", constitué par Abraham Pierre Porcher des Oulches
136 illustrations
Karikal (Tanjore) et pour quelques pages Masulipatam (Andhra), entre 1727 et 1758
Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie, OD-39 PET FOL, f. 79. Acquis du comte de Modave, 1769. Cat. RH n° 296-42
© Bibliothèque nationale de France
Le barattage de la mer de lait (amrita manthana) est le mythe cosmologique de l'hindouisme. Au début des temps, les dieux et les démons qui étaient alors tous mortels, étaient en lutte pour la maîtrise du monde. Les dieux, affaiblis et vaincus, demandèrent l'assistance de Vishnu qui leur propose d'unir leurs forces à celles des démons dans le but d'extraire le nectar d'immortalité (amrita) de la mer de lait. Pour ce faire, ils devaient jeter des herbes magiques dans la mer, renverser le mont Mandara de façon à poser son sommet sur Kurma, avatar de Vishnu sous l'aspect d'une tortue, et utiliser le serpent Vasuki, le roi des Naga, pour mettre la montagne en rotation en tirant alternativement. Après mille ans d'effort, le barattage produisit un certain nombre d'êtres merveilleux et d'objets extraordinaires : la vache Kamadhenu, qui donne tout ce qu'on lui demande ; l'arbre Kalpavriksha qui dure éternellement et sous l'ombre duquel le ministre des dieux, Indra, se plaît beaucoup ; un cheval blanc, Uchchaihshravas, monture du dieu Surya, qui va où il veut selon sa pensée ; un oiseau semblable à une oie, qui sert de voiture à Brahma ; une antilope, monture de Chandra ; un éléphant blanc, Airavata, monture d'Indra ; trois arcs à l'usage de Vishnu, Shiva et Brahma ; une autre arme, vajra, à l'usage d'Indra ; une conque, dans laquelle Vishnu souffle pour assembler les dieux ; une autre arme ronde, chakra, à l'usage de Vishnu ; quatre filles, l'une nommée Sarasvati, femme de Brahma et reine des sciences ; la deuxième, Lakshmi, femme de Vishnu et déesse des richesses ; la troisième, Ahalya, femme du pénitent Gautama ; la quatrième, Mudevi, déesse de la pauvreté, qui ne se maria point, chacun la fuyant ; un bœuf blanc, Nandi, monture de Shiva ; un char, voiture des dieux, qui vole à une vitesse incomparable, suivant leur désir ; trois armes, shula, gada et pasa, à l'usage de Shiva ; un homme enfin, Dhanvantari, médecin des dieux, dont le pot d'ambroisie, au goût exquis, fortifie ceux qui en boivent et donne l'immortalité. Aussitôt qu'ils le virent, les démons se précipitèrent sur lui et s'emparèrent de la coupe avant que les dieux ne puissent intervenir. Vishnu prit alors la forme de Mohini, la femme la plus belle au monde, et tandis que les démons étaient subjugués, il s'empara de la coupe et la remit aux dieux. Rendus maintenant immortels, les dieux précipitèrent les démons aux enfers.

La constitution de ces volumes par Porcher des Oulches s'est échelonnée sur une trentaine d'années : c'est l'œuvre d'une vie. Depuis les guerres de conquêtes mogholes dans le Deccan et la chute des dynasties chiites, nombre de familles de peintres qui travaillaient à Bijapur ou Golconde vers la fin du XVIIe siècle ont émigré vers l'est, sur la côte de Coromandel, et se sont converties à un art plus populaire. À ses débuts, Porcher résida dans l'actuel Andrah Pradesh. Dans cette région, notamment à Palakolu, non loin de Masulipatam où il fut chef du comptoir dès 1732, des artistes produisaient des kalamkari, grandes peintures narratives sur tissu servant de support iconographique aux conteurs qui se déplaçaient de village en village. Le style de ces peintures est dense, car le peintre doit raconter toute une épopée sur une seule draperie. Porcher a probablement fait appel à ces artistes. Après être revenu en France (1738-1740), il fut renvoyé en Inde et placé à la tête du comptoir de Karikal de 1754 à 1759. Là, il fit travailler des artistes qui, dans cette région riche en sanctuaires, produisaient des images pieuses à destination des pélerins.
 
 

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