Sugriva et Rama font un pacte d'alliance
Album de 132 illustrations du Ramayana constitué par Abraham Pierre Porcher des Oulches
Masulipatam (Andhra), puis Karikal (Tanjore), entre 1727et 1758
Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie, OD-39(A) PET FOL, f. 135v-136. Acquis du comte de Modave, 1769. Cat. RH n° 297-67 a-b
© Bibliothèque nationale de France
En haut à droite, au-dessus du feu et en présence d’Hanuman (le dieu-singe, fidèle de Rama) et de Lakshmana (frère de Rama), Sugriva et Rama font un pacte d’alliance. Rama promet de tuer Valin, ce qui permettra à Sugriva de régner sur les singes. À gauche, en présence de Sugriva, Rama, d’un coup de pied, envoie à cent lieues un buffle ; au-dessous, il transperce sept palmiers d’une seule flèche.

Le Ramayana raconte en sept livres et 96 000 vers les aventures du prince Rama, septième incarnation du dieu Vishnu et ses amours avec la belle Sita. Le texte original est en sanscrit ; on l’attribue au poète Valmiki. L’histoire du Ramayana est la suivante : Vishnu décide de descendre sur terre pour vaincre Ravana, le roi des démons. Incarné en Rama, fils du roi Dasharatha, il gagne la main de Sita, fille du roi Janaka. Dasharatha veut confier à Rama la régence de son royaume, mais une de ses épouses lui rappelle la promesse qu’il lui a faite de couronner un des fils qu’il a eus d’elle. Banni, Rama se réfugie sur la montagne Chitrakuta avec Sita et son demi-frère Lakshmana. Sita est enlevée par Ravana, le roi des démons. Rama et Lakshmana partent à sa recherche. En cours de route, ils aident le roi des singes, Sugriva à se débarasser de son rival, son propre frère Valin. Pour les récompenser, Sugriva leur offre une armée de singes conduite par Hanuman. Ce dernier réussit à localiser Sita sur l’île de Lanka (le Sri Lanka actuel). Une violente bataille oppose Rama et l’armée des démons. Rama en sort vainqueur et retrouve son épouse. Mais, soupçonneux, il la met à l’épreuve, lui reprochant de ne pas lui être restée fidèle pendant sa captivité. Blessée par ses soupçons, Sita se jette dans le feu afin de prouver sa chasteté. Le dieu du feu Agni la dépose indemne dans les bras de Rama. Sita est ainsi lavée des soupçons de Rama. Pourtant, Rama ajoutera foi par la suite à des rumeurs sur l’infidélité de Sita et la répudiera, alors qu’elle est enceinte. Lorsqu’il s’apercevra de son erreur, il sera trop tard : Sita refuse désormais de vivre avec lui et demande à la déesse de la terre de la recueillir en son sien. Depuis, dans la croyance populaire, Sita est la déesse tutélaire de l’agriculture.

La constitution de ces volumes par Porcher des Oulches s'est échelonnée sur une trentaine d'années : c'est l'œuvre d'une vie. Depuis les guerres de conquêtes mogholes dans le Deccan et la chute des dynasties chiites, nombre de familles de peintres qui travaillaient à Bijapur ou Golconde vers la fin du XVIIe siècle ont émigré vers l'est, sur la côte de Coromandel, et se sont converties à un art plus populaire. À ses débuts, Porcher résida dans l'actuel Andrah Pradesh. Dans cette région, notamment à Palakolu, non loin de Masulipatam où il fut chef du comptoir dès 1732, des artistes produisaient des kalamkari, grandes peintures narratives sur tissu servant de support iconographique aux conteurs qui se déplaçaient de village en village. Le style de ces peintures est dense, car le peintre doit raconter toute une épopée sur une seule draperie. Porcher a probablement fait appel à ces artistes. Après être revenu en France (1738-1740), il fut renvoyé en Inde et placé à la tête du comptoir de Karikal de 1754 à 1759. Là, il fit travailler des artistes qui, dans cette région riche en sanctuaires, produisaient des images pieuses à destination des pélerins.
 
 

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