Shurapadma et les siens dans la magnifique ville de Viramahendrapatnam qu'il fit édifier par son beau-père
Album de 182 illustrations de l'Histoire de Shiva constitué par Abraham Pierre Porcher des Oulches
Karikal (Tanjore), entre 1727 et 1758
Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie, OD-39(B) PET FOL, f. 91v-92. Acquis du comte de Modave, 1769. Cat. RH n° 298-83 a-b
© Bibliothèque nationale de France
L'histoire de Shiva est moins souvent illustrée que celle de Vishnu, ou de ses avatars Krishna ou Rama, car elle ne présente pas autant d'épisodes pittoresques et poétiques, capables de nourrir l'imagination des peintres. Ce récit, que Porcher des Oulches intitule Histoire de Shiva, raconte l'histoire de Subrahmanya, dieu très vénéré dans le sud de l'Inde. Les légendes traditionnelles relatives à Subrahmanya en font un fils de Shiva et de Parvati ou parfois un double de Shiva. Subrahmanya est aussi appelé Murukan, Kumara, Karttikeya ou Skanda (ses noms en sanscrit). Le Skandamahapurana est le recueil sanscrit des légendes concernant ce dieu. Shurapadma est représenté assis, au centre de la composition, entouré de sa famille et de ses ministres. En haut et en bas, sur fond rouge, est figurée l'enceinte du palais avec portes, arbres et canons ; à gauche, Vishvakarman, beau-père de Shurapadma, architecte de l'Univers et constructeur des palais des dieux, quitte le palais, une toise à la main.

La constitution de ces volumes par Porcher des Oulches s'est échelonnée sur une trentaine d'années : c'est l'œuvre d'une vie. Depuis les guerres de conquêtes mogholes dans le Deccan et la chute des dynasties chiites, nombre de familles de peintres qui travaillaient à Bijapur ou Golconde vers la fin du XVIIe siècle ont émigré vers l'est, sur la côte de Coromandel, et se sont converties à un art plus populaire. À ses débuts, Porcher résida dans l'actuel Andrah Pradesh. Dans cette région, notamment à Palakolu, non loin de Masulipatam où il fut chef du comptoir dès 1732, des artistes produisaient des kalamkari, grandes peintures narratives sur tissu servant de support iconographique aux conteurs qui se déplaçaient de village en village. Le style de ces peintures est dense, car le peintre doit raconter toute une épopée sur une seule draperie. Porcher a probablement fait appel à ces artistes. Après être revenu en France (1738-1740), il fut renvoyé en Inde et placé à la tête du comptoir de Karikal de 1754 à 1759. Là, il fit travailler des artistes qui, dans cette région riche en sanctuaires, produisaient des images pieuses à destination des pélerins.
 
 

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