Plan du temple de Jagannatha, à Puri (Orissa)
Raghurajpur, Orissa, vers 1820
Bibliothèque nationale de France, département des Manuscrits, Indien 1041. Acquis entre 1847 et 1884
© Bibliothèque nationale de France
Ce grand plan du temple de Puri, en Orissa sur le golfe du Bengale, est dessiné dans un périmètre en forme de conque, attribut de Vishnu et symbole de sa puissance. Le sanctuaire vishnuite de Puri, interdit aux non hindous, fut fondé au XIIe siècle et est consacré depuis le XVe siècle au culte de Jagannatha, autre aspect de Krishna et avatar de Vishnu.
Ces grandes peintures sur toile, préparée (on utilise une gomme à base de graines de tamarin que l'on transforme en une pâte mélangée à de l'eau et du jus de citron), séchée au soleil et ensuite vernie, sont traditionnellement exécutées par des familles de peintres originaires de Raghurajur, véritable village d'artisans et d'artistes situé à quelques kilomètres de Puri. Ils y réalisent une imagerie populaire reproduisant les effigies de Jagannatha, Seigneur du monde, avec son frère Balabhadra et sa sœur Subhadra, qui sont conservées dans le sanctuaire.
Cette triade a donné naissance à de nombreuses légendes dont celle-ci : le roi de Puri, ayant recueilli les reliques de Jagannatha, Balabhadra et Subhadra, demanda à Vishvakarma, l'architecte des dieux, de réaliser leur statue pour les abriter. Vishvakarma y consentit à condition que personne, pas même le roi, ne vînt contempler son œuvre avant la fin de son travail. Au bout de quelques jours, trop impatient, le roi se risqua à jeter un œil sur l'ouvrage en cours. Furieux, Vishvakarma l'abandonna et c'est pourquoi ces statues sont restées inachevées, tronquées et même sans bras pour celle de la petite Subhadra.
Puri est l'une des cités les plus sacrées de l'Inde. Elle accueille au mois d'Ashadh (juin-juillet) un festival durant lequel les statues des trois divinités sont transportées à travers la ville le long de la voie principale Bada Danda vers le temple Gundicha, situé dans un jardin à un mile environ. Elles y restent exposées neuf jours avant de regagner leur sanctuaire principal. Sur la toile exposée, on distingue à droite trois chariots (ratha qui transportent les statues. Chaque année, plus d'une centaine de milliers de pèlerins suivent cette procession. La coutume veut que les pèlerins de Puri acquièrent un jatra pata représentant la ville sacrée de Puri comme souvenir de leur pèlerinage. Par ses dimensions exceptionnelles, la toile exposée était sans doute destinée à un riche personnage. Lorsque, comme ici, la représentation symbolique de la ville est de format horizontal et ressemble à une conque, elle porte le nom de shankha-nabhi.
Une guirlande de fleurs borde la toile. En haut, se déroulent des scènes du Ramayana, avec les combat de Rama (autre aspect de Vishnu), son frère Lakshmana et leur armée de singes et d'ours, attaquant Ravana et son armée de démons. Au centre de la composition s'élève la silhouette curviligne de la tour du sanctuaire (de plus de 56 mètres de hauteur) précédée du mandapa de forme pyramidale. Le temple abrite Krishna-Jagannatha (carnation sombre) et Bala (carnation claire) encadrant leur petite sœur Subhadra. Le temple est entouré d'une double muraille divisée en plusieurs salles ; dans chacune d'elle est évoqué un épisode de l'enfance espiègle de Krishna et de ses nombreux exploits. L'intérieur de l'enceinte témoigne de l'intense activité d'un grand temple. On y remarque aussi d'innombrables petits sanctuaires, dédiés à la triade, à Vishnu, à ses nombreux avatars, mais aussi au dieu Shiva (plusieurs abritent le linga, symbole phallique de Shiva) ou à son fils Ganesha. Devant chacun d'eux officient les brahmanes, tandis que de nombreux pèlerins apportent des offrandes. Certains détails topographiques ont été rendus avec soin : en bas, la campagne et le rivage baigné par la mer qu'animent des poissons, mais aussi des crabes, des tortues ou d'autres animaux marins ; en haut à droite, un pont stylisé, dit Atharanala, qui franchit la rivière Bhargavi et conduit au lac Indradyumna. Dans la ville, un officier circule en palanquin ; des cipayes, armés de fusils à baïonnettes, l'accompagnent : ce détail permet de dater la toile du début du XIXe siècle.
 
 

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