repères
miniatures et peintures indiennes

Entre l'Inde et la France

Riche de près de 2 500 documents, le fonds pictural indien du département des Estampes et de la photographie de la BnF est le reflet des relations entre l’Inde et la France du XVIIe au début du XIXe siècle.

Les collections, reflet de l'histoire

Les miniatures et peintures indiennes conservées au département des Estampes et de la Photographie de la BnF proviennent pour l’essentiel des collections royales. Elles sont révélatrices des relations de la France avec l’Inde à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle. Arrivées par dons ou achats, elles appartenaient à quelques aventureux, fonctionnaires de la Compagnie des Indes ou militaires aux soldes modiques, qui, de retour en France, rapportèrent dans leurs bagages objets souvenirs et albums de peintures.
Inaugurée par Louis XIV, la présence française dans la péninsule indienne reflua très vite au XVIIIe siècle devant les ambitions britanniques : avec le rappel en France de Dupleix (1754) et le traité de Paris (1763), qui réduisit à cinq les comptoirs français, le rêve d’un grand empire colonial au-delà de la mer d’Oman fut définitivement abandonné. Une seconde vague de Français, militaires démobilisés après la chute du Premier Empire ou mercenaires avides d’aventure, vinrent offrir leurs services aux princes des divers États indiens, mais l’irrésistible progression britannique les contraignit également à regagner la métropole.
Le premier achat eut lieu en 1731 et la dernière acquisition en 1916, mais c’est avant
la fin du XVIIIe siècle, qu’une dizaine d’acquisitions va constituer l’essentiel de la
collection de peintures indiennes du département des Estampes et de la photographie
de la BnF. Son noyau provient de la donation faite en 1785 au roi Louis XVI par le
chevalier Jean-Baptiste Gentil, militaire animé d’une passion sans faille pour l’Inde où
il séjourna près de trente ans. Forte d’environ 2 500 images, ce qui en fait le fonds indien le plus riche de France, la collection du département des Estampes et de la Photographie est loin d’être homogène. Elle comporte des manques, notamment pour les écoles rajputes – écoles Pahari et du Rajasthan – et rares sont les pièces mogholes qui soient du pinceau d’un des célèbres peintres des ateliers impériaux. Cependant, il s’agit d’une collection peu banale possédant deux axes majeurs.
D’une part, un ensemble cohérent de précieuses miniatures des écoles mogholes en majorité tardives ou d’écoles provinciales, conservées en recueils factices (sortes de muraqqa), exécutées, pour l’essentiel, au temps du dernier des Grands Moghols, l’empereur Aurangzeb (1658-1707) et de ses successeurs immédiats. On y trouve les effigies des empereurs et des princes timourides, les dignitaires de la cour, mais aussi des autorités religieuses, cheikhs et soufis.
Le second ensemble de la collection, quasi inédit, provient d’Inde méridionale. Il s’agit de recueils de peintures illustrant les grands textes épiques (Ramayana, Mahabharata) ou représentant les terribles dieux hindous. Ces albums « souvenirs », aux couleurs audacieuses et au dessin synthétique, étaient destinés à une clientèle de résidents ou de visiteurs européens. On peut leur associer d’autres albums, d’une insigne valeur ethnographique, qui s’attachent à peindre la diversité des métiers et les castes à travers leurs spécificités vestimentaires. Pièces populaires de facture naïve, ces suites, parfois qualifiées de « bazar paintings », quelque peu méprisées hier, ont acquis, par leur rareté, un intérêt documentaire et iconographique majeur.
À ces deux domaines, il faut ajouter d’imposants dessins d’architecture, également réalisés pour des européens qui souhaitaient garder le souvenir enchanteur des monuments visités…
Ensemble, miniatures et peintures reflètent deux faces d’une même culture, islamique et hindoue, deux mondes esthétiques qui, tout en étant éloignés, ont cohabité harmonieusement et donnent à voir un panorama de l’Inde dans son infinie diversité. C’est à l’occasion de la publication complète, en deux volumes, du catalogue de cette collection, qu’est présentée cette exposition. Quelques œuvres indiennes du département des Manuscrits y sont associées, annonçant la préparation du catalogue de cette seconde collection de la BnF.
haut de page