le dossier
Enluminures en Islam

Un art non figuratif

Par Annie Vernay-Nouri

Isolée ou en prélude à des illustrations narratives, l’enluminure utilise un vocabulaire décoratif fort proche de celui des corans.

L’ornement des livres profanes

Si, hormis la Thériaque, les exemples de manuscrits arabes richement enluminés sont assez peu nombreux, les ouvrages persans et turcs, et tout particulièrement les textes poétiques qui fleurissent dès le XIVe siècle en Iran, en Asie centrale ou en Turquie, sont richement ornementés. Isolée ou en prélude à des illustrations narratives, l’enluminure utilise un vocabulaire décoratif fort proche de celui des corans.
L’enluminure est principalement réservée aux premières pages. Au premier feuillet, dans un médaillon central nommé shamsa, on trouve généralement le titre de l’œuvre et le nom du commanditaire. Suivent ensuite, dans les beaux exemplaires, de luxueuses doubles-pages en miroir, proches, dans leur forme et la distribution de leurs motifs, des corans contemporains. Dans les livres plus modestes, à la première page, le texte commence juste au-dessous d’un frontispice enluminé. Celui-ci, appelé ‘unwân ou sarlawh, est aussi employé pour différentier les parties d’un recueil, comme dans le Khamseh (Cinq poèmes) de Nezâmi. Avec les Ottomans se généralise l’usage d’un cartouche surmonté d’un motif évoquant une coupole.

Dans l’art du livre profane, le choix du papier, la mise en page et la calligraphie concourent, outre l’enluminure, à réaliser des exemplaires précieux. Si le monde arabe utilisait déjà les papiers teintés, c’est sous les Persans, puis les Ottomans, que s’en généralise l’usage. Papiers mouchetés, sablés d’or, marbrés, ou encore papiers silhouettés aux motifs de fleurs sont employés pour le texte ou dans les marges. Ces dernières se parent de motifs géométriques ou floraux, mais aussi de gracieux animaux. Si les copistes composent les textes littéraires en un seul bloc, ils disposent au contraire la poésie en d’élégantes colonnes, parfois écrites en diagonale et espacées par de légers motifs ornementaux. Les reliures des livres profanes, à l’image de celles des corans, reprennent parfois les motifs qui décorent les premières pages.
Aujourd’hui encore, cet art non figuratif se perpétue, et la calligraphie, traditionnelle ou moderne, inspire toujours de nombreux artistes. L’arabesque, quant à elle, demeure encore le symbole d’un art purement islamique.

haut de page