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Enluminures en Islam

Un art non figuratif

Par Annie Vernay-Nouri

Considérée bien souvent comme la principale caractéristique de l’art islamique, la calligraphie investit très tôt le champ artistique. L’écriture arabe, peu utilisée avant la révélation coranique, connaît avec l’essor de l’islam un formidable élan.

L’art de l’écriture

Dès les débuts de l'islam s'est donc construit, en dehors de la figuration, un art spécifique basé sur la calligraphie, l'ornement géométrique et l'arabesque. L'art de l'enluminure qui s'est d'abord déployé avec virtuosité dans les corans a ensuite gagné les ouvrages à caractère profane, particulièrement en Iran, dans les domaines de la littérature et de la poésie.
Considérée bien souvent comme la principale caractéristique de l’art islamique, la calligraphie investit très tôt le champ artistique. L’écriture arabe, peu utilisée avant la révélation coranique, connaît avec l’essor de l’islam un formidable élan. Tout en assurant son rôle premier de communication, elle prend très vite un caractère sacré lié au fait qu’elle transcrit le Coran. Durant les premières décennies de l’islam, alors que se développent des formes d’écriture propres à un usage administratif, l’écriture arabe réservée à la copie du Coran, plus soignée, témoigne de la volonté de glorifier la parole divine.
La préoccupation esthétique est absente des premiers corans en écriture hijâzî de la fin du VIIe siècle. Elle est présente, en revanche, dans les graphies hiératiques qui naissent au VIIIe siècle et s’épanouissent pendant plus de deux cents ans dans l’ensemble de l’empire musulman. Ces écritures sont traditionnellement qualifiées de « coufiques », d’après la ville de Kufa, en Iraq.
Les manuscrits sur parchemin (dont un grand nombre subsiste encore) témoignent, par leur mise en page et la perfection des tracés, de la dextérité des copistes. L’écriture, anguleuse et épaisse, ne permet la copie que de quelques lignes par feuillet, ce qui explique la production de corans en plusieurs volumes, jusqu’à trente. Pour que le texte s’inscrive harmonieusement dans l’espace qui lui est imparti, le calligraphe exploite toutes les possibilités qu’il a alors : il étire les lettres en longueur, les resserre, coupe à l’intérieur des mots – césures qui seront par la suite proscrites. Durant le Xe siècle, alors que le papier supplante le parchemin, le coufique est remplacé par un style aux lignes brisées, lui-même vite écarté au profit d’écritures cursives proches de celles utilisées couramment. Désormais employées pour tous les types d’ouvrages, ces graphies au tracé plus souple rompent l’unité graphique du monde musulman : le naskhî, toujours en usage aujourd’hui, se répand dans tout l’Orient musulman, tandis que le maghribî s’installe au Maghreb et en Andalousie. Délaissé pour la copie du Coran, le coufique continue néanmoins à être utilisé pour ornementer les titres de sourates, ou dans les décors de pierre et de céramique.

Durant la même période s’élabore un véritable savoir calligraphique, codifié par des maîtres prestigieux de la cour abbasside, tels le vizir Ibn Muqla (mort en 940) ou Ibn al-Bawwâb (mort en 1022). Ils instaurent un système de règles théorisant « l’écriture bien proportionnée ». On trace à partir de la première lettre de l’alphabet, alif, un cercle de référence à l’intérieur duquel toutes les autres lettres doivent s’inscrire. Ce système est complété par l’emploi du point mesure – obtenu avec la pointe biseautée d’un calame – qui permet de fixer les proportions de chaque lettre.
C’est à Yâqût al-Musta’simî (mort à Bagdad en 1298) que reviennent les derniers perfectionnements du naskhî et la formalisation de « six styles » canoniques.

Durant les siècles suivants, Persans et Ottomans, qui ont adopté l’alphabet arabe pour noter leur propre langue, donnent une impulsion nouvelle à ces styles et en inventent de nouveaux. Au début du XIVe siècle naît le nasta‘lîq, synthèse entre le ta‘lîq (« suspendu »), réservé à la chancellerie, et le naskhî. Ce nouveau style triomphera dans la mise en page de la poésie persane.
 
La calligraphie, transmise de maître à disciple, fait l’objet d’un enseignement très strict. En dehors des manuscrits, elle apparaît dans des compositions spécifiques, albums ou panneaux dont elle constitue l’ornement principal. Se développant par ailleurs dans les domaines où l’image figurative est proscrite, elle magnifie l’architecture, la céramique murale mais aussi les arts du métal, du textile ou du verre.
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