Page tapis de frontispice
Muhammad al-Qâsim al-Harîrî, al-Maqâmât (Séances)
Miniatures et calligraphie de Yahya ibn Mahmûd al-Wâsitî, Iraq, 1237.
Papier, 167 f., 37 x 28 cm
BnF, département des Manuscrits, arabe 5847, f. 1v°
© Bibliothèque nationale de France
Le manuscrit s’ouvre sur une double page très abîmée. Chacune d'elles évoque une figure princière dans une composition en miroir. Sans aucun rapport avec le reste du livre, cette représentation fréquente s’inscrit dans une tradition picturale ancienne venue de l’Antiquité grecque. Le portrait de ces deux personnages, altéré par des restaurations maladroites, suscite de nombreuses interprétations. Traditionnellement, on y voit une incarnation des deux sphères du pouvoir au XIIIe siècle : ici, un fonctionnaire arabe ou persan, représentatif des gens de lettres et de l'administration.
Sur cette page et sur celle qui lui fait face, l’image s'inscrit dans un encadrement à fond d’or qui rappelle les enluminures des corans ou les motifs des tapis contemporains. Des animaux délicatement dessinés se fondent dans les entrelacs d’une arabesque. On y découvre peintes avec raffinement plusieurs espèces animales : lièvres, gazelles, léopards, chiens et oiseaux de proie. Ces motifs, peu fréquents dans les manuscrits, ornent habituellement les objets en métal, les tissus ou la céramique.
Au centre de l’enluminure et légèrement surdimensionné, se tient un dignitaire, assis sur une estrade. Occupant chaque coin supérieur, deux anges aux longues tresses noires se détachent sur un fond orangé de part et d’autre de la tête de l'homme. À sa gauche et en dessous de lui, se presse une foule nombreuse, vue de dos ou de profil.
Bien que très proche, la figure présente, lorsqu'on l'observe de près, des différences notables avec celle qui lui fait face. La figure de droite, peinte de face, semble plus affirmée. Le mouvement des bras suggère l’autorité et le vêtement orange largement rehaussé d’or, est plus somptueux. L’homme porte un kalawata, chapeau de fourrure noir de grande taille en usage à l’époque à la cour abbaside. Légèrement plus petit, l’homme à gauche (présenté ici), peint de trois quarts, semble plus modeste. Barbu et la tête surmontée d’un turban, il parait assis plus confortablement. Le visage des deux hommes est entouré d'une auréole d'or. Venue de l'iconographie chrétienne, ce nimbe doré ne possède aucune signification religieuse
 
 

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