Meurtre dans un paysage
École moghole, vers 1580.
BnF, département des Estampes et de la photographie, Réserve Od 51 pet. fol., f. 25. Cat. RH n° 1
© Bibliothèque nationale de France
Dans un paysage d'influence persane, animé de rochers roses et de maigres arbustes, un homme maintient à terre avec son genou un ennemi qu'il égorge à l'aide d'un poignard. Il porte une tunique orange doublée de bleu, un turban doré, un shalvar (pantalon) blanc et des chausses vertes ; l'homme à terre est vêtu d'une tunique jaune tachée de sang et d'un shalvar rouge. Dans le ciel vole un couple d'oiseaux. Cette page est extraite d'un ouvrage arabe, traduit en persan, sur l'astrologie et les talismans. Une inscription en nastaliq (écriture cursive persane) indique qu'elle illustre l'un des talismans du douzième signe du zodiaque, celui des Poissons. Le nom de ce talisman est « ambre », un parfum qui aurait le pouvoir de détourner de la guerre.
Par ses coloris chatoyants, le mouvement qui anime les figures et leur insertion dans la nature, cette miniature moghole du temps de l'empereur Akbar reprend un certain nombre de canons esthétiques propres à l'art persan. Elle a été probablement réalisée sous la supervision de Abd us-Samad, l'un des deux peintres que le père d'Akbar, Humayun, avait ramené de son exil en Perse dans la seconde moitié du XVIe siècle. L'empereur Akbar attachait une grande importance au livre et ce, bien qu'il soit analphabète. Il demanda à Abd us-Samad et à son compatriote Mir Sayyid Ali de prendre la direction de l'atelier impérial de peinture et d'initier les artistes locaux à l'art de la miniature. La curiosité d'Akbar pour l'Inde et ses religions l'incita à faire traduire du sanskrit au persan les grandes épopées hindoues (Mahabharata, Ramayana…). Après 1580, son goût pour les récits imaginaires et fantastiques, les contes et les paraboles, les représentations symboliques telle que celle-ci laissa place à la pure chronique historique : c'est ainsi qu'il passa commande de biographies consacrées aux premiers Grands Moghols (Timur nama, Babur nama) dont la sienne, l'Akbar nama. Une véritable passion pour la peinture l'anime. Il lui attribue un rôle majeur dans la quête du divin, allant ainsi à l'encontre des règles de l'orthodoxie islamique qui prohibe la représentation de la figure humaine. « Nombreux sont les hommes », dit-il, « qui haïssent la peinture ; ces hommes-là, je ne les aime point. Il m'apparaît que le peintre possède de singuliers moyens d'appréhender Dieu ; car le peintre, en représentant tout ce qui est doté de vie et en concevant les membres, l'un après l'autre, ne peut manquer de sentir qu'il lui est impossible de conférer à son œuvre une individualité, et il est en conséquence contraint de penser à Dieu, qui seul dispense la vie. Ainsi accroît-il son savoir ».
 
 

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