Salomon et Balqîs trônant
Ferdowsi, Shâhnâmeh (Le Livre des rois), [suivi de] Jâmi, Kheradnâme-ye (Livre de sagesse d’Alexandre), Qâsemi Gonâbâdi, Shâhenshâh-nameh (Livre du roi des rois), Hâtefi, Temûr-nâmeh (Le Livre de Tamerlan)
Chirâz, 1567.
Papier, 567 f., 43 × 28,5 cm
BnF, département des Manuscrits, supplément persan 2113, f. 3v-4
© Bibliothèque nationale de France
Le manuscrit s'ouvre sur une double page sans rapport avec son contenu, montrant le roi Salomon et la reine de Saba. Cette scène est souvent placée en frontispice dans des manuscrits littéraires réalisés à Chirâz à partir de 1565. La ville et toute la province du Fârs se considéraient en effet liées au souverain. De nombreuses traditions rattachaient la ville et les ruines, toutes proches, de Persépolis à Salomon. Ce dernier avait acquis au cours des siècles une image symbolique très forte et le récit biblique s'était enrichi de nombreuses légendes juives, chrétiennes et musulmanes. Considéré comme prophète par les Musulmans, Salomon possède de nombreux pouvoirs surnaturels, parle la langue des animaux et règne sur les anges et les démons.
Assis sur un trône d'or, la tête auréolée du halo de flammes d'or qui désigne les prophètes, Salomon est entouré de ses nombreux sujets, créatures célestes ou terrestres. On le voit devisant avec son vizir Asâf, un homme à la barbe blanche, le visage tourné vers lui et le doigt levé dans sa direction. Deux anges se tiennent de chaque côté du trône. Au-dessus, dans un tourbillon de nuages tchi, motif venu de Chine, volètent des oiseaux de toutes tailles. Deux grues aux pattes noires encadrent un sîmorgh dont les longues plumes bleues et rouges se déploient en larges volutes. Cet oiseau mythique, proche du phénix chinois, est souvent associé au dragon, ici en bas de l'image. Celui-ci est représenté avec un corps de serpent, pourvu de pattes et de petites ailes. L'universalité du pouvoir de Salomon est évoquée par les nombreux animaux autour de lui. On distingue à gauche un chameau à coté d'un cheval, d'un âne et d'un bœuf ; à droite un éléphant, une girafe et un singe. De part et d'autre d'un petit ruisseau qui serpente entre des cailloux et dans lequel nagent des canards, vivent en parfaite harmonie fauves, félins et ursidés à coté de gracieuses biches et antilopes. Au pied du trône, on voit deux qilin, animaux fantastiques d'origine chinoise, hybrides de félin et de dragon ailé. En bas, de chaque côté, deux div, démons à la peau sombre pourvus d'une tête d'animal sur un corps humain, rappellent que le souverain régnait aussi sur les démons.
Dans le Coran et dans les récits du monde musulman médiéval, la reine de Saba nommée Balqîs fait l'objet de nombreux récits. Salomon entend parler de la reine de Saba et l'enjoint à se soumettre. Elle envoie des cadeaux au souverain qui les refuse. Puis elle lui rend visite et, subjuguée par ses pouvoirs, se convertit à l'islam.
Entourée d'une large bordure enluminée, la miniature répond à celle qui lui fait face. La reine est elle aussi assise sur un trône d'or, surmonté d'une petite coupole et situé légèrement plus bas que celui du roi. La scène, à l'opposé de la précédente, se situe dans un somptueux palais au sol et aux murs entièrement recouverts d'enluminures dont les motifs d'arabesques ressemblent à ceux des pages-tapis. Une assistance nombreuse, entièrement féminine, entoure la jeune femme. Des anges portent de précieuses coupes d'or. Sur un tapis devant Balqîs sont disposés les carafes à long col et les plats de grenades et de coings associés aux libations de vin. Tandis que des musiciennes jouent de la harpe, du tambourin et du qanoun, un instrument à cordes pincées, deux danseuses se meuvent gracieusement au son de la musique. Des servantes ont les bras chargés de mets délicats.
 
 

> partager
 
 

 
 

 
> copier l'aperçu