arrêt sur...
l'estampe japonaise

bunraku, jôruri et sumô

Le bunraku

Le bunraku, ou ningyo-jôruri, l’une des trois formes de théâtre, avec le nô et le kabuki, fut le nom donné à un type de spectacle de marionnettes associé au jôruri. Il fut créé au théâtre Burakuza d’Ôsaka. Les « acteurs », visibles sur scène, manipulaient des poupées de grandes dimensions, jusqu’à un mètre de haut. Ce « théâtre de poupées », qui existe encore, animé par un texte déclamé ou chanté, en plusieurs actes, avec dialogues et changements de décors, fut très populaire à la fin du XVIIe siècle et au XVIIIe siècle.
Le texte jouait un rôle important, qui fit écrire à Claudel : « La marionnette n’est pas un acteur qui parle mais une parole qui agit. » La poupée concrétisait les mots. Au début du XVIIIe siècle, le kabuki emprunta au bunraku ses mouvements saccadés, ses poses figées et la trame de ses histoires, adaptant les pièces à son jeu.
 
 

Le jôruri

La complainte composée au XVe siècle, à partir du Jôruri-hime monogatari, roman épique et romanesque de la princesse Jôruri (ce qui signifie : « pur lapis-lazuli ») relatant ses amours avec Minamoto no Yoshitsune (1159-1189), fut ensuite chantée ou déclamée avec accompagnement musical de shamisen, puis animée par des marionnettes. Elle donna son nom à cette forme de jeu théâtral qui se développa au XVIe siècle.

Le sumô

A l’origine, le sumô, lutte spécifiquement japonaise, aurait été un rituel agraire pour obtenir les faveurs des dieux sur les récoltes. Lié au culte shintô, le combat avait lieu dans les sanctuaires, et était interdit aux femmes. La culture samouraï contribua à son évolution vers un art militaire au Moyen Âge, réservé aux nobles. Les règles du jeu se stabilisèrent au XVIe siècle.
Le combat se déroule entre deux équipes. Deux lutteurs de l’une d’elles, après avoir lancé des poignées de sel pour purifier la salle, tapent du pied sur le sol pour chasser les mauvais esprits. Vêtus d’un cache-sexe noué au bas des reins, ils pratiquent des exercices d’assouplissement, s’observent, avant de commencer. S’enlaçant ensuite avec brutalité, ils tentent de trouver le point faible de leur adversaire et de le projeter hors de l’arène, délimitée par un cercle, ou de le faire tomber sur le dos, en moins de deux minutes.
Dans le dernier quart du XVIIIe siècle, époque à laquelle Edo supplanta Ô saka comme centre de ces tournois, le sumô devint un sport de professionnels très populaire. Les lutteurs sponsorisés par les daimyô jouirent du statut de samouraï.
Cet âge d’or du sumô entraîna la création d’un nouveau genre d’estampes, celui des sumotori, diffusé auprès d’un public d’amateurs, non seulement comme image publicitaire, mais aussi comme souvenir d’une sensation ou d’un lutteur favori.
Dès le XVIIe siècle, Moronobu avait publié des livres illustrés sur le sumô. Mais ce furent Bunchô et Koryûsai qui innovèrent, avec les premiers portraits de lutteurs sur feuilles isolées.
L’école Katsukawa, riche de son expérience de portraits d’acteurs, se spécialisa dans le genre vers 1782, quand la demande se fit pressante. Shunshô et ses élèves Shunkô et Shunei proposèrent des portraits en pied d’arbitres, d’annonceurs et le plus souvent de lutteurs, en tenue civile ou en pleine lutte. L’école Utagawa fit de même et les grands maîtres de l’école ukiyo-e, Utamaro, Sharaku, Hokusai..., ne résistèrent pas à l’observation et au dessin de ces éléphantesques sumotori pesant environ 130 kg. Les lutteurs inspirèrent même des estampes érotiques (shunga), imitant des prises de sumô.
 
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