Jeune homme tenant un parapluie fermé
Okumura Masanobu (1686-1764), Années 1740.
Signé, en bas, à droite : « Hôgetsudô shômei ["nom véritable"] hashira-e kongen ["fondateur de hashira-e"]Okumura Bunkaku Masanobu shôhitsu ["œuvre authentique"] »
Inscriptions : poème haikai en haut, à droite, et sur la manche du kimono
urushi-e sur papier beige imprimé sur une seule feuille, appelée aussi estampe laquée ; un aspect brillant, lustré, résultat de l'ajout de colle animale (nikawa) sur les endroits coloriésen noir mat. Couleurs posées au pinceau
Format ô-ôban. 632 x 220 mm
BnF, département des Estampes et de la Photographie, RESERVE DE-5, J. B. 40
© Bibliothèque nationale de France
L'élégance de ce jeune homme nonchalant, qui a suspendu sa marche et oriente notre regard au-delà de l'espace de l'image par une légère torsion de tête, convient à ce grand format vertical, utilisé maintes fois par Masanobu avec ampleur. Les contours, proches du trait du calligraphe, accentuent la présence de la figure et la monumentalité de l'estampe.
Le personnage de kabuki évoquerait l'acteur Ichikawa Danjûrô II (1689-1758), dans le rôle de Sukeroku, dandy qui fréquentait les quartiers de plaisir, amant de la courtisane Agemaki. Le couple, vivant un amour interdit, se suicida dans un temple d'Ôsaka. Le blason, une pivoine entourée de feuilles (dakibotan), est l'emblème de la famille Ichikawa dans ce rôle, bien que le blason traditionnel de l'acteur soit différent. Danjûrô II joua trois fois le rôle de Sukeroku durant sa carrière. Il porte le bandeau, l'épée et le parapluie, caractéristiques de ce rôle.
Mais quelques éléments concernent la personnalité de l'acteur : le poème haikai, en haut, à droite, chargé de connotations homosexuelles, que le parapluie rappelle, tout comme les deux chevaux. Il en est de même de celui qui est inscrit sur la manche du kimono, aux allusions très sensuelles. Le jeune homme a suspendu à sa ceinture un inrô à trois compartiments avec le portrait de Daruma (Bodhidharma), moine indien arrivé en Chine en 520, fondateur de la secte bouddhique Ch'an (Zen).
Les motifs figuratifs et géométriques mêlés, sur le vêtement du jeune élégant, remarquablement disposés et adaptés aux volutes de l'étoffe malgré leur diversité, font du kimono une œuvre en soi. L'évocation du printemps par les fleurs de cerisier sur le kimono, est peut-être une allusion à la jeunesse.

Peintre, dessinateur d'estampes, illustrateur de livres, Masanobu joua un rôle prépondérant durant la première moitié du XVIIIe siècle, dans l'évolution de l'estampe ukiyo-e. Dans les années 1720, craignant les contrefaçons, il fonda sa propre maison d'édition. Il utilisera cinquante-huit signatures et vingt-deux cachets d'éditeur.
Il expérimenta plusieurs techniques et se distingua dans les réalisations d'estampes monochromes (sumizuri-e), rehaussées de couleurs appliquées à la main, et d'estampes laquées (urushi-e). Il varia ses formats : ô-ôban, triptyque et, vers 1750, nouveau format ôban.
Il serait l'inventeur des estampes-piliers de format hashira-e, plus abordables que les peintures, pour orner les piliers dans les pièces de réception des maisons. Afin de satisfaire la clientèle réclamant davantage de couleurs, il innova et réalisa avec Shigemasa, son maître, les premières impressions en deux couleurs, le rose et le vert le plus souvent, les benizuri-e.
Il aborda les thèmes les plus divers, auxquels il associa souvent des poèmes et apprécia les images parodiques (mitate-e). La monumentalité de ses estampes n'altère en rien la sensibilité, la spiritualité et la créativité décorative qui animent son œuvre.
Son influence fut considérable sur ses contemporains et sur ses successeurs. (G. L.)
 
 

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