L'acteur Mitsutomoe dans le rôle de Tomoe-Gozen
Torii Kiyomitsu (1735-1785), vers 1755-1760, d'après le format hosoban utilisé par Kiyomitsu pour ses portraits d'acteurs dans ces années-là.
Signé : « Torii Kiyomitsu zu » ; sceau carré en négatif : « Kiyomitsu » ; cachet allongé vertical : « Yamato han »
benizuri-e. Estampe imprimée en noir, vert, rose, gris, avec quatre planches gravées. Format hosoban. 382 x 172 mm
BnF, département des Estampes et de la Photographie, RESERVE DE-10, J. B. 91
© Bibliothèque nationale de France
L'estampe fait allusion à une scène d'une pièce de théâtre sur les conflits entre deux clans ennemis, les Taira et les Minamoto. Thème d'un roman historique du début de la période Kamakura (XIIe siècle), le Heike monogatari (récit de l'histoire des Taira), ces luttes inspirèrent le théâtre et l'estampe.
L'acteur Mitsutomoe, identifié par son blason sur l'armure, joue le rôle d'une femme, Tomoe-Gozen, la concubine du général Kiso Yoshinaka (1154-1184). Celui-ci fut tué par le futur shogun Yoritomo, qui lança contre lui une armée de 60 000 hommes. Tomoe Gozen, veuve à 28 ans, battue à Uji, se retira dans un monastère bouddhique. Gozen est un titre honorifique ajouté au nom d'une dame de qualité.
L'artiste a représenté en pleine action cette guerrière d'une grande beauté, vêtue en samouraï, avec sa lance, son sabre, son arc et son carquois, faisant corps avec son cheval, qui conduisit ses troupes au combat avec courage. La tension de l'instant est sensible dans cette composition et dans ce format étroit, qui sollicite la torsion du col de l'animal. De part et d'autre de la diagonale de la lance, la tête de l'acteur et celle du cheval sont dans le même axe, accroissant encore cette contraction de l'image et par là même, la sensation d'effort et de concentration. Les trois couleurs encore utilisées simplement annoncent cependant « l'estampe de brocart » et traduisent avec aisance les textures de l'armure. (G. L.)

Torii Kiyomitsu (1735-1785) fait partie de l'école Torii qui fut fondée par Torii Kiyonobu et s'imposa dès le début du XVIIIe siècle dans la représentation des scènes de théâtre et des acteurs, marquant un tournant de l'ukiyo-e par son style et ses apports techniques. Les artistes de cet atelier cherchèrent en effet à caractériser les acteurs dans leur jeu par leurs poses, leurs attitudes, leur gestuelle.
Kiyomitsu fut le troisième chef de file de la lignée et le dernier représentant d'envergure des traditions de cette école. Ce fut le plus prolifique des dessinateurs de figures d'acteurs, qu'il tenta de personnaliser avant Bunchô et Shunshô.
Par son style et sa recherche de coloriste, il assura la transition entre l'estampe limitée à deux ou trois couleurs et l'estampe de brocart (nishiki-e), qu'il pratiqua vers la fin des années 1770. Les dernières estampes benizuri-e qu'il réalisa à l'aide de quatre ou cinq planches gravées restent éloignées cependant des techniques subtiles et recherchées de Harunobu.
 
 

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