L'acteur Segawa Kikunojô II dans le rôle de la courtisane Ôiso no Tora
Ippitsusai Bunchô (actif entre 1756 et 1790), 1769.
Signé : « Ippitsusai Bunchô ga » ; Sceau de l'artiste : « Mori uji »
Inscriptions en haut, à droite : « Au printemps de la 6e année de l'ère Meiwa (1769), année du bœuf, au théâtre Nakamura-za. Ôiso no Tora, Segawa Kikunojô II »
Nishiki-e. Format hosoban. 314 x 146 mm
BnF, département des Estampes et de la Photographie, RESERVE DE-10, J. B. 377
© Bibliothèque nationale de France
Cette estampe représente l'acteur Segawa Kikunojô II (1741-1773), célèbre onnagata successeur de Kikunojô I, en 1756, connu sous ce nom jusqu'en 1772, dans des interprétations de rôles féminins. Sa silhouette reflète avec autant de raffinement que d'élégance le style de Bunchô de la fin des années 1760.
Segawa Kikunojô II est ici vêtu d'un kimono décoré de son emblème personnel, le chrysanthème, et de son blason, un écheveau de soie. Il interprète le rôle de la courtisane Ôiso no Tora, l'un des personnages du drame de kabuki inspiré de la vie des frères Soga. Ces héros légendaires, devenus très populaires, sont à l'origine de romans, de jôruri et de pièces de théâtre kabuki. Les deux frères, Jurô et Gorô, qui ont existé au XIIe siècle, ont vengé leur père assassiné par le général Kudô Suketsune puis se sont suicidés par seppuku. Ôiso no Tora, courtisane employée par la maison de thé MaIzuruya à Ôiso, était l'amante de l'aîné des frères Soga, Jûrô. C'est à la fois la courtisane et l'acteur que Bunchô saisit d'une manière incisive. Il émane du personnage gracile de l'onnagata et de l'expression tendue de son visage une ambiguïté souvent recherchée par Bunchô. L'action est en attente. La marionnette du lion, orientée dans la même direction que la silhouette de l'acteur, au-delà de l'espace de l'image, accroît le suspense et sollicite l'imagination du spectateur. Ce mystère feutré des estampes d'acteurs de kabuki est fréquent chez l'artiste, qui privilégie la psychologie du drame.
Cette image publicitaire vante parallèlement le succès de l'acteur en tant qu'interprète du rôle de Jurô dans la danse Shakkyô, ce qui explique la présence de la marionnette de lion dans les bras de la courtisane : deux spectacles en vogue, sans lien réel, sont ainsi évoquésen même temps. (G. L.)

Originaire d'une famille de samouraïs, Bunchô se dégagea de l'influence de Harunobu, et donna libre cours à sa créativité. Son œuvre, très individuelle, est d'une qualité exceptionnelle. Il transmet l'atmosphère d'une scène par l'expression de l'acteur et sa gestuelle. Son interprétation lyrique, étrange par son acuité, surprend. Il suggère plus qu'il ne révèle. Il intrigue. Ses créations, souvent déroutantes, entourent de mystère et d'une certaine ambiguïté la personnalité de la courtisane ou de l'acteur figuré. Il excellait dans la représentation d'onnagata, acteurs dans un rôle féminin.
Il composait aussi des haikai, poèmes publiés dans les anthologies contemporaines. Avec Shunshô, il collabora à la réalisation d'un ouvrage remarquable, Portraits d'acteurs sur éventails (Ehon butai ôgi), offrant 112 bustes d'acteurs d'assez grandes dimensions. Les deux artistes, qui œuvrèrent en même temps que Harunobu et Koryûsai, éclipsèrent l'école Torii et menèrent l'estampe de kabuki à l'une de ses meilleures expressions.
 
 

> partager
 
 
 

 
> copier l'aperçu
 
 
> commander