Les acteurs Ichimura Uzae mon IX dans le rôle de Sôma no Masanori et Ôtani Hiroji II dans celui d'Ukishima Daihachi
Shunsho Katsukawa (1726-1792), 1770.
Signé : « Shunshô ga »
Sceau de l'artiste : « Hayashi » dans une jarre
D'après le dictionnaire ukiyo-e Ruikô, Shunshô, à ses débuts, n'ayant pas encore de nom d'artiste, se servit du sceau de son éditeur, Hayashiya Shichiemon, chez lequel il vivait dans le quartier de Ningyô-chô, à Edo. Il fut surnommé alors Tsubo (jarre) et son élève Shunkô, Kotsubo (petite jarre)
Éditeur : Okumura Genroku (le caractère qui permettrait de lire son nom n'est pas inscrit dans la gourde ou la calebasse, en bas, à gauche, qui caractérise sa signature)
Inscriptions en haut à droite : « Meiwa / VII / tigre / automne » ; le nom des acteurs et leur rôle, « Sôma no Masanori Ichimura Uzae mon IX », à droite ; « Ukishima Daihachi, Ôtani Hiroji III », à gauche
Nishiki-e. Format hosoban. 300 x 144 mm
BnF, département des Estampes et de la Photographie, RESERVE DE-10, J. B. 387
© Bibliothèque nationale de France
Uzaemon IX (1725-1785), acteur sous ce nom de 1762 à 1785, très populaire auprès des femmes, et Hiroji III (1746-1802), acteur sous ce nom de 1762 à 1798, sont figurés par Shunshô en pleine action, ce qui est rare dans les estampes de kabuki, où les poses figées (mie) les plus spectaculaires du drame sont privilégiées.
L'estampe illustre avec une ampleur toute théâtrale, une scène du drame Shinasadame Sôma no mon bi dont la première représentation eut lieu le vingt-troisième jour du septième mois de 1770. Sôma, amoureux sans espoir de la fille d'un samouraï, le général Koyama, se rend au sanctuaire Tsumagoi, à l'heure du cheval (entre une heure et trois heures du matin) pour lancer un anathème. Il tient entre ses dents le rouleau sacré, dérobé dans le temple, et il est coiffé d'un cercle à trois bougies, rituel des envoûtements. L'autre personnage, Daihachi, tente de l'empêcher de commettre ce sacrilège, mais, projeté à terre et menacé d'un marteau par Sôma, le samouraï tire son sabre pour se suicider.
L'artiste communique aux amateurs la violence du moment par le décor, les gestes, les attitudes, la dimension donnée à l'espace : les stries obliques de la pluie cinglant les acteurs, les manches déployées et mouvantes du kimono blanc de Sôma, debout, qui, penché sur le samouraï à terre, est prêt à fondre sur sa proie. Le maquillage aux traits rouges sinueux (kumadori) semble se prolonger dans les flammes convulsives des bougies.
Si les mon (blasons) – le kutsuwa (une croix dans un cercle, qui figure l'anneau dans lequel passe la bride du cheval) pour Hiroji III, et la fleur d'oranger pour Uzae mon – permettent de reconnaître les acteurs dans leurs rôles, Shunshô tente aussi de capter leur personnalité dans l'action. (G. L.)

D'une famille de samouraïs, peintre à l'origine, attiré parl'ukiyo-e et particulièrement par le kabuki, en plein renouvellement, Katsukawa Shunshô se tourne vers l'estampe et fonde l'école Katsukawa. Il eut de nombreux élèves, parmi lesquels Shunei,Shunchô et même Hokusai, auquel il donna le nom de Shunrô, utilisé par l'artiste de 1774 à 1794.
Son style, sa vision des acteurs et son interprétation des scènes de théâtre s'opposent à la tradition de l'école Torii, prédominante jusque-là. À l'emphase ou au synthétisme conventionnel des représentations d'acteurs idéalisés, il préfère le vraisemblable, le réalisme même, le jeu plutôt que le rôle. Il met en valeur les traits réels de l'acteur et ses expressions propres, rejoignant l'esprit du kabuki et l'apparition d'un certain goût pour le naturalisme. Cette tendance vers le développement du portrait psychologique s'affirmera avec Sharaku et Utamaro. Il était, contrairement à Bunchô, très performant dans la représentation d'acteurs masculins.
Sa clientèle rassembla des amateurs de théâtre fortunés, dans les années 1770-1780, prêts à s'offrir de luxueuses estampes. Le sumô lui fut aussi redevable de représentations spectaculaires de lutteurs. Vers la fin de sa carrière, après une abondante production d'estampes et de livres illustrés, il connut une période de déclin, son style n'étant plus en vogue. Il se consacra alors, à nouveau, à la peinture.
 
 

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