Le présentateur du théâtre Miyako-za
Sharaku Toshusai (actif entre 1794 et 1795), 1794.
Signé : « Tôshûsai Sharaku ga », à droite
Sceau de l'éditeur, à gauche (Tsutaya Jûzaburô)
Cachet de censure à gauche : kiwame
État avec inscription sur le rouleau : « Avis, nous allons maintenant soumettre à votre attention une série de portraits. »
Nishiki-e. Fond micacé blanc rosé. Format ôban. 369 x 242 mm
BnF, département des Estampes et de la Photographie, RESERVE DE-10, J. B. 603
© Bibliothèque nationale de France
Cette estampe rarissime, classée comme « objet d'importance culturelle » au Japon, est la seule de Sharaku, de format ôban, à figurer un personnage en pied. Cette identification est controversée. L'annonceur serait Shinozuka Uraemon, du théâtre Miyako-za. Celui-ci se détache sur un fond micacé lumineux, vêtu d'un kimono dont le motif décoratif est le caractère kotobuki, qui signifie la longévité. C'est une allusion au titre d'une pièce de jôruri, un brocart couvert de vœux de longue vie, créée par la troupe Miyako-za, en mars 1794. Sur son épaule se détache son emblème (mon), formé d'une feuille de paulownia surmontée de deux éventails croisés.
C'est avec ampleur que l'artiste a dessiné l'annonceur du théâtre, employant pour le visage un graphisme incisif et, pour l'ensemble de la silhouette, un tracé épais et plus synthétique. Sa physionomie, traitée d'une manière caricaturale, joues flasques, rides prononcées, poches sous les yeux, lèvres affaissées, très éloignée des ôkubi-e d'acteurs, révèle un autre aspect du talent de portraitiste de Sharaku, notamment la représentation d'un personnage dans une activité quotidienne.
Curieusement, l'inscription sur le rouleau ne concerne pas le théâtre, mais annonce habilement de nouvelles estampes du maître : « Nous allons maintenant soumettre à votre attention une série de portraits. » (G. L.)

Sharaku ne fit qu'un bref passage dans le monde de l'ukiyo-e, dix mois environ, du cinquième mois de 1794 au deuxième mois dde 1795, d'après les pièces de théâtre qui inspirèrent ses estampes. Son intensité créatrice n'eut d'égale que la fulgurance de son art. Cent quarante œuvres environ, de format ôban, uniquement des portraits d'acteurs célèbres, en plan rapproché ou en pied, nous sont connues.
Cet ensemble présente un caractère étrange, d'une singularité déroutante parmi la production de l'époque. Les visages « désincarnés », pourrait-on dire, des acteurs en gros plan de ses débuts, sur fond micacé gris métallisé souvent, reflètent autant le psychisme de l'interprète que celui du personnage de la pièce.
Viennent ensuite les acteurs, en pied, par deux, œuvres de qualité, puis une centaine d'estampes plus communes, proches parfois de la caricature. Ce changement de style brutal surprend ; certains ont envisagé les contraintes imposées par Tsutaya, qui connaissait des difficultés et aurait souhaité des œuvres plus commerciales.
Aucun document ou presque n'éclaire la biographie de Sharaku. Or, il fut édité par une célébrité de l'édition, Tsutaya Jûzaburô, ce qui prouve qu'il n'en était certainement pas à son coup d'essai, et qu'il devait attirer une certaine clientèle. Plusieurs hypothèses ont été avancées. Certains historiens ont tenté de l'identifier à d'autres artistes, à Utamaro par exemple, à un artiste de l'école d'Ôsaka, à Tsutaya même. D'autres y ont vu un peintre qui se serait essayé à l'estampe. La disparition soudaine de cette personnalité énigmatique, n'a cessé d'intriguer. Son influence se perçoit notamment dans des œuvres de Toyokuni, Kunimasa, Shunei...
 
 

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