Ichikawa Komazô II (1764-1838) dans le rôle de Hikyakuya Chûbei et Nakayama Tomisaburô I ? (1760-1819) dans le rôle de Keisei Umegawa
Sharaku Toshusai (actif entre 1794 et 1795), 1794.
Signé : « Tôshûsai Sharaku ga »
Éditeur : Tsutaya Jûzaburô
Cachet de censure : kiwame
Nishiki-e. Format ôban. 372 x 247 mm
BnF, département des Estampes et de la Photographie, RESERVE DE-10, J. B. 601
© Bibliothèque nationale de France
Sharaku s'inspire d'une scène d'une pièce de théâtre kabuki intitulée Koi-bikyaku Yamato ôrai (« Les coursiers de l'amour sur la route qui mène à Yamato »). Cette création, qui daterait de 1757, mentionnée dans un ouvrage, traite d'un double suicide par amour. Le drame fut représenté en août 1794.
Ce récit avait connu plusieurs versions. À l'origine, Meido no hikyaku (« Les coursiers de l'au-delà ») était un ningyô jôruri créé par le célèbre dramaturge Chikamatsu Monzaemon, en mars 1711, à Ôsaka. Il fut repris sous la forme de jôruri sous le titre Keisei Koi no hikyaku (« La courtisane porteuse d'amour »), puis adapté au kabuki.
La scène la plus appréciée du drame, « Yomo no nishiki kokyô no tabiji » (« Voyage vers le pays aux multiples couleurs de brocart »), évoque le départ des deux amants, la courtisane Umegawa et le fils adoptif de la propriétaire d'un bureau de messageries d'Ôsaka, Chûbei. Celui-ci a dérobé une somme d'argent pour racheter la courtisane. Le couple fuit vers Ninokuchi dans la province de Yamato, le village natal de Chûbei, qui souhaite revoir son père avant de mourir.
Vêtus de kimonos de mêmes couleurs selon la coutume, ils s'abritent sous un large parapluie qu'ils tiennent tous deux symboliquement d'une main, dans la nuit suggérée par le fond micacé gris foncé métallisé.
Cependant c'est sous un aspect caricatural que l'artiste a figuré les amants, sans chercher à dissimuler la personnalité et le physique masculin de l'onnagata, chargeant l'estampe d'une signification équivoque, comme beaucoup d'autres qu'il produisit. Le réalisme dérangeant de ces héros d'un drame romantique, s'exprime en effet par les traits accusés du visage d'Umegawa, sa taille et sa stature, par l'allure générale du couple, par la position de la tête de Chûbei au-dessus du manche du parapluie. Tout concourt à donner à l'estampe un caractère satirique peu conforme à l'attente du public. Cependant les œuvres de Sharaku, publiées comme celles d'Utamaro par l'éditeur renommé Tsutaya Jûzaburô, la plus importante personnalité éditoriale de l'époque, jouissaient d'une certaine vogue.
L'acteur Komazô III, connu sous ce nom de 1772 à 1801, avait joué des rôles d'enfants, puis de jeunes hommes et d'hommes ; quant à Tomisaburô, il est connu sous ce nom de 1775 à 1819 (?). (G. L.)
 
 

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