Fidélité des sentiments comparés aux sources de l'amour (Jitsu kurabe iro no minakami)
Kamiya Jihee et Kinokuniya Koharu
Utamaro Kitagawa (1753-1806), vers 1798-1799.
Signé : « Utamaro hitsu »
Inscription : dans le cartouche, le titre de la série apparaît à droite et celui de la scène à gauche
Éditeur : Nishimuraya « Sei »
Cachet de censure : kiwame
Nishiki-e. Format ôban. 375 x 250 mm
BnF, département des Estampes et de la Photographie, RESERVE DE-10, J. B. 514
© Bibliothèque nationale de France
Utamaro s'inspira pour le titre de cette série de 21 estampes d'un livre illustré de Hishikawa Moronobu publié en 1683, La Fontaine de l'amour. Il se plut à réaliser cet ensemble regroupant les couples d'amants célèbres, vivant un amour illégitime, contraire aux conventions sociales.
Le double suicide en constituait le dénouement. C'était un défi lancé par la bourgeoisie au suicide pour l'honneur de la noblesse. Aux drames historiques du kabuki s'ajoutèrent les drames de la vie quotidienne, dans lesquels s'affirmaient les valeurs et les aspirations du nouveau public urbain.
Les amants Koharu et Jihee furent les héros de nombreuses pièces de théâtre de marionnettes et de kabuki. La version la plus célèbre fut un drame de Chikamatsu Monzaemon, Shinjû ten no Amijima (« Le suicide des amants à Amijima »), pour le théâtre de marionnettes. L'origine de cette histoire est un fait réel, qui se déroula en 1720. Un marchand de papier, Jihei, du quartier Temma, à Ôsaka, marié, et une prostituée, Koharu, de la maison Kinokuniya du quartier de plaisir de Sonezaki Shinchi, se suicidèrent au temple Daichô-ji, à Amijima. Sur l'estampe, la scène se déroule la nuit, comme le suggère le fonds gris. Les amants partent vers le lieu de leur suicide. Jihee, coiffé d'un tenugui blanc, étoffe qui sert d'écharpe, allume une lanterne cylindrique de papier plié. Koharu semble chercher à ramener le zukin noir sur son visage.
Utamaro ne représente pas des acteurs dans une action scénique évoquant une pièce précise, mais des types. Il donne un sens psychologique à l'instant par la réunion des deux visages et leurs expressions. La communion du couple est symbolisée par la correspondance et la fusion de plusieurs éléments : le zukin noir et le tenugui blanc, l'effet de transparence du voile noir sur une partie du visage de Koharu atténuant les contrastes, l'opposition subtile des tracés blancs et noirs des plis, celle des coiffures masculine et féminine, qui se devinent sous les étoffes. (G. L.)
 
 

> partager
 
 
 

 
> copier l'aperçu
 
 
> commander