L'acteur Sawamura Sôjûrô III
Utagawa Toyokuni (1769-1825), vers 1795-1800.
Signé : « Toyokuni ga »
Éditeur : Matsumura Tatsue mon (années 1730-1810)
Nishiki-e. Format ôban. 390 x 260 mm
BnF, département des Estampes et de la Photographie, RESERVE DE-10, J. B. 634
© Bibliothèque nationale de France
Ces deux portraits de Sôjûrô III, connu sous ce nom de 1771 à 1801, offrent deux aspects du jeu d'expression de l'acteur, dans des rôles différents, et consacrent la virtuosité de Toyokuni dans les portraits en plan rapproché (ôkubi-e), inspirés de l'art de Sharaku.
Visage imperturbable au centre de la feuille, tracé régulier, rigide, expression figée, coiffure apprêtée, pose conventionnelle, ou encore visage ovale, aux traits déformés par l'émotion, surgissant du centre de la feuille sur un plan diagonal perpendiculaire, tracé irrégulier, interrompu, en boucles, en pleins et déliés, mèches échappées, Toyokuni adapte la technique et les couleurs à sa création.
La physionomie des personnages, très étudiée, est un véritable instantané, saisi au moment le plus intense du drame. Le héros fige son expression, immobilise son regard, fixe le public, en louchant parfois, et chaque spectateur se sent alors concerné.
Les mimiques ont une signification. Les expressions sont outrées, les grimaces jaillissent sous le pinceau de l'artiste et le public est conquis.
Le rôle joué par Sôjûrô dens la première estampe (ici) n'est pas connu. Le second portrait représente l'acteur interprétant le rôle de Gengobei, personnage principal dans la pièce Godairiki koi no fujime, qui relate un incident contemporain.
Sous l'emprise de la jalousie, un vassal tue son maître et la courtisane que tous deux aimaient. Sôjûrô commença sa carrière enfant, devint célèbre pour ses scènes d'amour et connut une grande popularité dans les années 1780 et 1790. Il fut portraituré par plusieurs artistes dont Kiyonaga et Sharaku.
Le second portrait s'accompagne d'un poème calligraphié en réserve blanche, écrit par la femme de Sôjûrô. Il évoque un passage musical du drame et fait allusion au caractère éphémèredu monde flottant, dont il est vain de penser qu'il sera éternel. Il passera comme le printemps… (G. L.)
 
 

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