« Manière des épouses impériales de composer une anthologie de poèmes » (Kisakitachi kasen wo kaki tamau fû)
« Images de cent femmes du monde flottant » (Ukiyo hyakunin onna-e)
Hishikawa Moronobu (?-1694), 1681.
Livre illustré (267 x 187 mm), folios 20 v°-21
sumizuri-e. Impression xylographique en monochromie noire. 265 x 337 mm
Signé : « eshi Hishikawa Kichibee hitsu » (page de colophon)
Editeur: [Edo], Sakai-chô, Kashiwaya Yoichi (page colophon)
BnF, département des Estampes et de la Photographie, RESERVE DE-10, J. B. 25
© Bibliothèque nationale de France
C'est par le biais de ses illustrations de livres que Moronobu parvient à s'imposer comme le maître fondateur de l'ukiyo-e. Dès 1681, il s'attache à montrer les figures féminines de la société contemporaine ou celles du temps ancien. Cette double page tirée de ses Images de cent femmes du monde flottant (Ukiyo hyakunin onna-e) en est un excellent exemple. Tandis que la plupart de ces images représentent des femmes de différentes couches sociales de son temps, Moronobu porte son choix sur des figures du passé lointain pour illustrer celles appartenant à la haute société.
Ici, dans l'une des quatre dernières doubles pages consacrées aux scènes de la vie quotidienne à la cour de Heian, Moronobu dépeint une réunion poétique au Palais pour évoquer la « Manière des épouses impériales de composer une anthologie de poèmes » (Kisaki-tachi kasen wo kaki tamau fû), comme l'indique le cartouche, suivi de la légende, qui occupe toute la partie supérieure. Dans un style inspiré de l'école de Tosa, Moronobu met en scène cinq dames de la cour, l'une d'elle s'appuyant sur un accoudoir. Cette dernière, une « épouse impériale » (kisaki) de haut rang – peut-être une impératrice –, dirige son regard vers sa dame d'honneur, à la somptueuse chevelure noire tombant jusqu'au sol, qui est en train de calligraphier des poèmes.
Extrêmement rare, ce livre illustré de Moronobu contient à l'origine 24 feuillets répartis dans les 2 volumes, mais seules 20 doubles pages d'illustrations sont conservées en feuilles séparées (J. B. 10 à 29). Or, l'existence de ces deux volumes (RESERVE DD-3254), amputés de toutes les illustrations, récemment révélée par le professeur Satô Satoru, permet la reconstitution du livre. De fait, les deux volumes – munis de leurs couvertures et étiquettes de titre d'origine – gardent quatre feuillets, à savoir une page de préface et trois doubles pages de texte dans le premier volume, ainsi qu'une page decolophon dans le second. (K. K.)

Considéré comme le fondateur de l'ukiyo-e, Hishikawa Moronobu fut en effet le premier à prendre pour modèles dans ses œuvres, des scènes de la vie quotidienne, ces images d'un « monde éphémère ». Fils d'un artisan en étoffes brochées, son père lui enseigna sans doute ce métier avant qu'il ne s'installe à Edo, où il étudia les styles des écoles de peinture traditionnelles Kanô et Tosa (la première s'inspirait de la manière chinoise, la seconde – peinture de cour –, de la manière japonaise).
Le maître de Kambun (1661-1673), artiste anonyme, fut son initiateur. Moronobu créa un atelier qui se spécialisa dans les peintures et gravures du quartier des plaisirs (Yoshiwara), représentant les courtisanes, les acteurs du théâtre kabuki et les scènes de la vie citadine. Parmi ses nombreux livres illustrés et albums (romans, anthologies poétiques, guides du Yoshiwara, pièces de jôruri, motifs pour kimonos, albums de shunga), l'une de ses œuvres très significatives est le Guide de l'amour au Yoshiwara (Yoshiwara koi no michibiki) de 1678.
De l'illustration de livres, où il avait innové en réduisant la place du texte au profit de l'image, il passa à l'estampe en feuille, isolée.
Son œuvre donna une impulsion essentielle à cet art. Il fut qualifié de « maître de l'ukiyo-e » (ukiyo-e shi) pour sa contribution considérable au développement de l'estampe dès le XVIIe siècle et pour son influence.
Son style se caractérise par la puissance et la rigueur du trait, et par une composition souvent ornementale.
 
 

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