Portrait de courtisane debout
Chôyôdô Anchi (actif entre 1704 et 1736).
Signé : « Nihon (Yamato) giga Kaigetsu matsuyô Anchi zu  » (« Image plaisante dessinée par Anchi, disciple de Kaigetsudô »)
Éditeur : marque carrée avec, à l'intérieur, une aubergine. Au milieu du légume, dans un cercle, le chiffre 8 et une adresse : « Ôdenma ni-chôme », à droite, « Higashi Yoko-chô Maruya », à gauche
sumizuri-e. Imprimé sur deux feuilles jointes en hauteur. Format ô-ôban. 560 x 300 mm
BnF, département des Estampes et de la Photographie, RESERVE DE-5, J. B. 32
© Bibliothèque nationale de France
La courtisane à la silhouette cambrée, altière et majestueuse, consacre l'idéal de beauté de la première moitié du XVIIIe siècle. Peut-être s'agit-il de Ochin, célèbre beauté de l'époque.
L'austérité de la figure monochrome se détachant sur un fond vide, est contrebalancée par la fantaisie et l'originalité des motifs calligraphiques du kimono, dont quelques mots en gros caractères se déchiffrent : « vent », « fleur », « ciel », « nouveau ». Au revers de l'un des pans du drapé se distingue une silhouette de noble ou de poète, allusion à la littérature classique de l'époque Heian (794-1185) et peut-être à la culture raffinée des courtisanes.
Le graphisme calligraphique utilise les pleins et les déliés, et joue du contraste entre les tailles épaisses et rigides des contours du kimono, celles plus légères et sinueuses de l'écriture cursive qui le décore, celles encore très fines du visage. Il en est de même du tracé courbe ou aigu du plissé, de la répartition des noirs et des blancs, très structurée, de la distribution heurtée des lumières et des ombres. Toutes ces oppositions créent le mouvement et le volume, jusqu'à la torsion même de la tête de la courtisane opposée à la direction de la marche.
L'ensemble alerte le spectateur et contribue avec ampleur à l'animation de l'image. (G. L.)

Chôyôdô Anchi faisait partie de l'atelier Kaigetsudô (« atelier languissant pour la lune »), qui était situé dans le quartier d'Asakusa, près de l'entrée principale du Yoshiwara, sur le passage d'une clientèle variée et souvent fortunée. Les artistes de cet atelier prolongeaient la tradition du maître de Kambun (1661-1673), à l'origine du genre ukiyo-e, privilégiant la silhouette humaine. Ils se spécialisèrent dans les figures de beautés en pied, isolées.
Le fondateur de cet atelier, Kaigetsudô Ando (1677-1752), se consacra essentiellement à la peinture. Trois de ses disciples dessinèrent pour l'estampe, Dohan, Doshin, Anchi, mais très peu de leurs œuvres subsistent. Sur les vingt-trois gravures issues de cet atelier qui ont été conservées, huit sont de Anchi, dont le nom d'atelier était Chôyôdô et qui signait « suiveur de Kaigetsu » (Kaigetsu matsuyô ). Le maître lui avait également transmis le premier caractère de son nom d'artiste : « An ».
Ces maîtres érigèrent en icônes les silhouettes cambrées de bijin majestueuses, dans un mouvement de marche, une torsion de la tête vers l'arrière animant la posture. Le fond neutre, le format ô-ôban, le tracé calligraphique vigoureux, semblable aux coups de pinceau qui cernaient les peintures de Ando, la monochromie, le corps uniquement suggéré par le visage, les mains, les pieds et le volume du drapé des kimonos en faisaient des stéréotypes.
L'influence de ces pionniers de l'estampe se perçoit dans les œuvres de Masanobu et des premiers maîtres de l'école Torii.
 
 

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