« Femmes et enfant après le bain »
Kiyonaga Torii (1752-1815), vers 1782.
Signé : « Kiyonaga ga »
Nishiki-e. Format hashira-e. 680 x 114 mm
BnF, département des Estampes et de la Photographie, RESERVE DE-4, J. B. 153
© Bibliothèque nationale de France
Kiyonaga se distingue dans les compositions de format hashira-e autant que Harunobu et Koryûsai. Dans cette scène intimiste, saisie sur le vif, il traduit avec aisance, malgré la rupture des formes, les gestes spontanés des jeunes femmes et du bébé, le seul à être entièrement visible. Le naturalisme de Kiyonaga, éloigné des subtilités de ses contemporains, de même que le choix d'un sujet familier, très fréquent dans son œuvre, apporte une note moins conventionnelle dans l'art de l'ukiyo-e.
L'artiste a repris cette composition dans le format ôban, en la complétant : l'estampe fait partie de la série Beautés de l'Est à la mode de notre temps. La jeune femme s'essuyant y figure alors entièrement, le corps en partie dénudé. La pose de la mère est légèrement modifiée.
L'illusion de la profondeur, obtenue par la réduction de l'espace et par le rapprochement des personnages dans l'hashira-e, est beaucoup plus surprenante que dans le format ôban. En Europe, au XXe siècle, ces formats étroits et verticaux, avec le cadrage insolite, la fragmentation de l'espace, la vue plongeante ou ascendante, ont séduit les Nabis (Vuillard, Bonnard, Denis) et Klimt. (G. L.)

Fils d'un libraire du quartier des théâtres d'Edo, élève de Torii Kiyomitsu, le chef de file de la troisième génération des Torii, Kiyonaga, dernier représentant de cette célèbre école, s'orienta lui aussi, momentanément, vers le portrait d'acteur. Ces premières œuvres furent imprimées en 1767. Ne représentant plus seulement un personnage isolé, il fut l'un des premiers à réunir dans une estampe, sur scène, chanteurs, musiciens et acteurs.
Il se tourna ensuite vers les bijin-ga et s'éloigna de l'esthétique des Torii. En 1775, il dessina une première série sur les femmes, influencé par Harunobu et Koryûsai. Puis il affirma un idéal de beauté féminine très personnel, des bijin élancées, sensuelles. Ses silhouettes longilignes, influence peut-être du format hashira-e qu'il pratiqua avec succès, restent distantes du spectateur.
Son sens aigu de l'espace, composante essentielle de ses compositions, est à l'origine des formats variés de ses estampes, diptyques, triptyques, hashira-e. Il suggère des impressions, des atmosphères, par un jeu de plans et de couleurs. Réalisme et stylisation se conjuguent dans ses œuvres. La célébrité qu'il connut de 1781 à 1788 sera éclipsée par le triomphe d'Utamaro qui comme Shunchô, avait subi à ses débuts, son ascendant. Kiyonaga revint alors aux estampes et affiches de théâtre.
 
 

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