« En allant admirer les glycines de Kameido »
Shunsho Katsukawa (1726-1792), 1791-1793.
Signé : « Shunchô ga », sur chaque feuille
Éditeur : Izumi (ya) Ichibei
Cachet de censure, kiwame, sur chaque feuille
Nishiki-e. Polyptyque d'ôban (357 x 1 225 mm). Chaque feuille : 357 x 245 mm
BnF, département des Estampes et de la Photographie, RESERVE DE-6, J. B. 413 - 417
© Bibliothèque nationale de France
Quarante-six personnages élégants, hommes, femmes et enfants, se promènent sous une tonnelle de glycines, dont la floraison a lieu au printemps. Les activités festives et les divertissements des Japonais sont souvent liés à la nature et aux saisons (cerisiers en fleurs, fête des iris, fête des chrysanthèmes, des étoiles, de la lune).
Cette procession, que l'on devine discontinue à droite, est animée par des conversations suggérées par les attitudes et les gestes des promeneurs. Dans la scène centrale, un homme porte un sambô, plateau utilisé pour les offrandes votives, sur lequel est inscrit le chiffre 1.
Shunchô s'est plu à représenter ce lieu de promenade attrayant, assuré de séduire une clientèle qui conserverait, par l'image, le souvenir d'un de ses loisirs saisonniers.
Mais c'est aussi un véritable défilé de mode printanière offert aux amateurs d'une manière plaisante. L'artiste rythme la composition, qui se déroule horizontalement, à l'imitation d'un rouleau, par les dimensions des figures, les couleurs, les ombrelles, les motifs des kimonos et obi. De plus, il est sensible aux nuances sourdes imposées par la loi et en joue avec talent.
En effet, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, le luxe fut réprimé et cela eut des incidences décoratives et stylistiques sur les motifs des soieries et des kimonos. Il fut de bon ton de porter des vêtements unis, aux couleurs sobres, à rayures ou à motifs géométriques. L'attention se porta sur les revers des sous-vêtements et des manches, la largeur du obi, autant de détails qui permirent de souligner et de rehausser la simplicité des costumes par des correspondances subtiles de couleurs et de lignes. L'élégance discrète devint le critère de la distinction et du bon goût. (G. L.)

Élève de Shunshô, Katsukawa Shunchô fit partie comme lui de l'école Katsukawa, spécialisée dans les représentations de yakusha-e. Très sensible à la beauté féminine, il se tourna vers les bijin-ga et se rapprocha du style de Kiyonaga, son contemporain, tout en se singularisant. Il n'idéalise pas autant ses modèles.
Ces diptyques, triptyques et pentaptyques d'ôban sont des chefs-d'œuvre du genre.
L'utilisation d'une gamme restreinte de couleurs délicates, conforme aux lois somptuaires promulguées entre 1787 et 1793, maniée avec un sens aigu de l'harmonie et de la lumière, confère à ses œuvres une douceur et une subtilité très poétique.
 
 

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