Les quatre saisons du plaisir au Yoshiwara (Seirô shiki-no-tawamure)
Eishi Hosoda (1756-1829), fin des années 1790.
Les courtisanes Hanaôgi, Kasugano et Kumegawa de la maison Gomeirô
Signé : « Eishi zu »
Inscription : de droite à gauche, le titre de la série, puis le nom de la maison, « Gomeirô », précédent le nom des courtisanes dans chaque cartouche : « Hanaôgi », « Kasugano » et une nouvelle, « Kumegawa »
Éditeur : Yamaguchiya, précédé de l'adresse, « Bakuro-chô sanchôme », à gauche
Nishiki-e. Double ôban. 374 x 514 mm
BnF, département des Estampes et de la Photographie, RESERVE DE-4
© Bibliothèque nationale de France
Cette estampe rarissime dévoilant la chambre de deux courtisanes, Hanaôgi et Kasugano, et de leur assistante Kumegawa, est la seule qui subsiste de la série Les Quatre Saisons du plaisir au Yoshiwara. Eishi, dans un style très maniériste, allonge, étire ses lignes dans un jeu d'arabesques qui emmêle les kimonos des trois jeunes femmes, en fait surgir des formes, des attitudes. Les visages émergent de ces drapés au tracé fin, sans contraste de pleins et déliés, comme pour accroître l'atmosphère de quiétude et de délassement du moment. Plus sensuelle, la longue jambe qui se devine entre les plis du kimono. Kumegawa, une apprentie courtisane, se cultive. Elle a cependant suspendu sa lecture, un essai philosophico-social célèbre, Tsurezuregusa (« Les Herbes de l'ennui »), de Kenkô Hôshi, nom bouddhiste de l'écrivain japonais Kaneyoshi Yoshida (1283-1350). L'auteur, dans cet ouvrage écrit en 1331, déplore la disparition de la culture raffinée de la fin de la période de Fujiwara (VIIIe siècle - XIIe siècle). Ce recueil de pensées est écrit en une langue précieuse et poétique.
La liseuse est distraite par l'oiran Kasugano, qui arrange les épingles de sa coiffure très recherchée, de style hyôgo-mage, en se regardant dans un miroir tenu par Hanaôgi, courtisane de haut rang. Derrière les jeunes femmes aux poses alanguies, se déploie un paravent de style Kanô. Cette peinture d'inspiration chinoise, que Eishi avait pratiquée avant de se consacrer à l'ukiyo-e, était celle des peintres officiels du shogunat d'Edo. (G. L.)

Peintre, illustrateur et dessinateur, Eishi était le fils aîné d'un samouraï, haut fonctionnaire au service du shogun. Ce dernier lui avait donné un nom d'artiste – Eishi, qui signifie : « Il glorifie ». Peintre officiel, il résilia sa charge en 1785 pour se consacrer à l'art ukiyo-e. De sa formation dans l'atelier du peintre Eisen, de l'école Kanô, il conserva un style très raffiné et une élégance tout aristocratique. L'atmosphère feutrée ou mondaine de ses estampes, l'allure réservée et distinguée de ses beautés, leurs lectures, dévoilent l'éducation de l'artiste.
Avec la même audace qu'il avait manifestée en abandonnant ses fonctions officielles, pour aborder ce qui le tentait, il revint à la peinture sur rouleau lorsque l'estampe déclina au tournant du XIXe siècle. Accepté volontiers par son milieu aristocratique, il conserva les mêmes thèmes, et l'abondance de sa production d'alors témoigne de sa nombreuse clientèle. L'un de ses rouleaux fut même présenté par son commanditaire à la famille impériale, à Kyôto. Sa personnalité inspira quelques artistes parmi lesquels Eiri (actif 1789-1801), dont la biographie reste inconnue.
 
 

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